24-25/02/2017 : Mahā Shivarātri – La grande nuit de Shiva, Seigneur du Yoga

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Mahā Shivarātri est célébrée chaque année la nuit précédant la nouvelle lune du mois de février ou de mars. Pour être plus précis, sa date est fixée entre la treizième nuit et le quatorzième jour suivant Krishna Paksha (pleine lune) du onzième ou douzième mois du calendrier hindou.

Durant cette nuit entière dédiée au dieu Shiva, les dévots se réunissent pour apporter des offrandes, prier, méditer, chanter des mantra en l’honneur de Celui sans qui l’Univers se serait éteint.

Ces Puja (cérémonies) se font en effet en commémoration de l’Amrita Manthana (le barattage de la mer de lait), un épisode déterminant de la mythologie hindoue :

A l’origine de l’Univers, alors qu’ils étaient simples mortels, les Deva (dieux) et les Asura (démons) se disputaient le pouvoir de l’ordre du Monde. Sur conseil de Vishnu, le préservateur de l’Univers, les Deva unirent leurs forces à celles des Asura et firent ainsi bouillir l’océan de lait afin d’en extraire le nectar d’Immortalité (Amrita).

Cependant, simultanément à l’apparition de l’Amrita, Kālakūta (un violent poison) émergea également à la surface de la mer de lait. Terrifiés, ils comprirent que leur détermination à acquérir le pouvoir d’Immortalité engendra en un même temps la menace de la destruction de l’Univers dont ils désiraient pourtant maintenir l’ordre et l’équilibre.
Désemparés, ils s’en remirent alors au Seigneur Shiva qui, par amour pour le Monde, aspira le poison sans l’avaler.

Toute la nuit, Shiva lutta contre le sommeil pour conserver le poison dans sa gorge sans prendre le risque de l’ingérer. Et pour le maintenir éveillé, les Deva passèrent toute la nuit à chanter et à danser. C’est à l’issue de cette nuit que le poison se transforma et, afin que les dieux puissent se souvenir du danger que leur orgueil avait fait encourir à l’Univers, la peau de Shiva devint intégralement bleue.

***

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Même sans être Hindou, Mahā Shivarātri est une fête particulièrement intéressante sur le plan symbolique.

Le barattage de l’océan de lait fait métaphoriquement référence au processus de transformation qui est à l’œuvre dans la pratique yoguique. En effet, dans l’assiduité à la pratique, émergent à notre surface toutes sortes de sensations, de sentiments, d’émotions.

Tout en découvrant peu à peu le meilleur de nous-mêmes que nous cherchons à développer (notre Amrita), nous sommes également confrontés au poison présent en nous (Kālakūta) et qui menace notre avancement et notre évolution ; ce poison est Avidya, l’ignorance, et ses ingrédients sont nos illusions, nos conditionnements, nos peurs, nos fausses croyances, etc.

Nous ne pouvons recracher ce poison et faire comme s’il n’existait pas. Il est là, prêt à agir en nous. Et, pour ne pas nous laisser détruire par ce poison intérieur, notre seul antidote est le discernement, la vigilance, l’attention à chaque instant.

C’est ce que représente Mahā Shivarātri, cette nuit durant laquelle Shiva demeura éveillé, la conscience pleinement présente, afin que le poison ne puisse profiter d’un moment d’inattention pour se distiller en lui et l’anéantir.

C’est en cela que la pratique peut tant nous ébranler parfois. C’est un véritable apprentissage de la persévérance, de la patience et de la foi : la discipline que cela nous demande n’est pas vaine ; faire face à nos ombres, les sonder et les admettre nous permet petit à petit de nous en affranchir afin que la Lumière puisse jaillir et triompher enfin de notre obscurité.

Ce que dit aussi la légende c’est que notre désir ardent de prendre le pouvoir sur nous-même et de nous établir dans la plus juste version de ce que nous sommes devrait toujours être équilibré par une humble confiance et un paisible abandon en une Transcendance qui nous apporte les grâces au moment où nous sommes prêts à les recevoir et suffisamment sages pour les préserver sans les abîmer dans un sursaut d’ego.

Cela illustre donc la nécessité de la complémentarité à trouver entre la détermination et le lâcher-prise afin de toujours garder à l’esprit que, même si nous avons le pouvoir de changer, nous n’avons (heureusement) pas la maîtrise de tout.

En réalité, nous ne pratiquons pas pour devenir meilleurs ; nous devenons meilleurs parce que nous pratiquons : les fruits de la pratique se récoltent lorsque nous nous détachons de nos attentes du résultat. Les bénéfices de la pratique ne sont pas un objectif à poursuivre, à conquérir et à atteindre, ils ne sont qu’une conséquence à accueillir, à recevoir et à honorer.

Alors, à défaut de devenir dieux et saints, au moins, nous pouvons devenir heureux et sains en nous autorisant à nous libérer de tout ce qui nous empoisonne.

***

अभ्यासवैराग्याअभ्यां तन्निरोधः

abhyāsa-vairāgya-ābhyāṁ tan-nirodhaḥ

(Yoga-Sutra I.12)

Dans le juste équilibre application-abandon, lorsqu’il n’existe plus ni rigueur ni langueur, ni bien ni mal, ni blanc ni noir, ni qualité ni défaut, ni lumière ni ténèbre, ni dieu ni démon, ni nectar ni poison, par la libération du joug de son ego et de l’ignorance dans laquelle celui-ci le maintient, le pratiquant entre alors dans la Félicité, au-delà de l’illusion de toute dualité.

***

Bolo Bolo Sab Mil Bolo Om Namah Shivāya
Om Namah Shivāya Om Namah Shivāya
Bolo Bolo Sab Mil Bolo Om Namah Shivāya
Jūta Jatā Mey Gangādhāri
Trishūladhāri Damaru Bajāye
Dama Dama Dama Dama Damaru Baja
Gūnj Utha Om Namah Shivāya
Om Namah Shivāya Om Namah Shivāya Om Namah Shivāya
Hari Om Namah Shivāya

Chantons tous ensemble le mantra « Om Namah Shivāya ».
Ô Seigneur Shiva, Toi qui tiens le trident et qui portes le Gange dans ta chevelure emmêlée et tressée, tu fais retentir le son de ton tambour.
Sa vibration s’élève, faisant partout résonner le mantra « Om Namah Shivāya ».

***

Illustration : Shiva, Seigneur du Yoga, Olaf Hajek, in « Little Gurus »

Photo : Lord Shiva, à Haridwar, Uttarakhand, Inde (mars 2014)

Musique : Bolo Bolo, Susheela Raman, in « Vel »

 


4 réflexions sur “24-25/02/2017 : Mahā Shivarātri – La grande nuit de Shiva, Seigneur du Yoga

  1. Om namah Shivaya Marie, merci pour tes articles fort bien documentés, je partage avec toi le récit de ma première « ratri » sans filet…

    Hier soir, en petit comité, l’une avait arrangé les fleurs, l’autre disposé les tapis et Iza et moi avions disposé l’autel. Après quelques explications sur la signification de cette nuit et son symbolisme, insistant en particulier sur la destruction des conditionnements, des convictions et des idées toutes faites – et après une première question d’une élève qui ne voulait pas chanter des choses « étrangères » et à qui j’ai juste demandé « la conscience t’est-elle étrangère ? » – nous avons démarré en douceur avec « Soham Shivoham », et je me suis efforcée studieusement de bien compter les 108 fois …

    Puis il y eut cet incident du mala. Un participant avait mentionné les bouddhistes et les 108 vies, à propos de la signification de la répétition des 108 fois et au moment où je répondais : « 108 ce n’est pas assez, il doit manquer quelques zéros, comme avec les lakhs, c’est soit 108.000 ou 1.800.000, ou bien une seule vie suffit … et il faut lâcher la croyance dans les vies antérieures, l’attachement aux vies antérieures, qui me maintiennent dans l’ego spirituel, une seule vie suffit… à ce moment précis le mala s’est rompu entre mes doigts, tout comme le concombre se détache…

    On venait juste de chanter le maha Mitrunjaya mantra (Om trayam bakam)…
    Incroyable synchronicité que je partage avec vous…
    Om namah Shivaya, que vous soyez comme le concombre à votre tour, délivré de toute illusion…

    Pour la petite histoire quelqu’un a dit « ça porte malheur » alors j’ai ri bien fort en revenant sur la synchronicité et j’ai sorti un 2e mala de ma pochette (lol Shiva avait prévu !) pour le mantra suivant, avant de comprendre qu’il me fallait tout simplement arrêter de compter.

    Ensuite, j’ai donc arrêté de compter et commencé à improviser. On a retourné la feuille de papier et les Shambo Shiva se sont allègrement mêlés aux Maha Devi, pas tout à fait dans l’ordre ni le rythme établis.
    Puis la liste prévue étant finie, et après un « Om namah Shivaya » lui aussi improvisé et jouant entre les registres des genres et des sonorités, j’ai voulu clore la soirée avec un Om shantih répété trois fois. Un nouveau mantra est alors apparu…
    « Om shantih » est devenu un « Shiva Shiva Shantih » et s’est amplifié dans la joie, dans un surprenant recommencement… je surveillais l’horloge du coin de l’œil, j’avais prévu une fin de soirée pas trop tardive pour les voisins, jusqu’à ce qu’enfin mes paupières se ferment et que les mains scellées en Anjali mudra je laisse Shiva Chanter à travers moi. Jusqu’à ce que le silence se fasse et que parcourue de douces secousses je goûte un instant d’éternité, avant de tisser à nouveau la trame du présent.

    Bref, pour cette soirée on a alterné les bhajans et les mantras plus invocatoires, sans séparation, force et douceur toutes deux rassemblées, rires et recueillement tous deux présents, comme à la fin où j’ai dit en souriant à une élève (que j’entendais penser…) «on aurait pu aussi chanter « Hisseo Santiano » on aurait eu la même communion, mais pas le même impact vibratoire… » (- ;

    Om Shiva Shantih,
    Emma

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