Etre béat jusqu’à la Béatitude

les-mirages

L’on peut bien apprendre des tas de choses indéfiniment et croire ainsi faire reculer l’océan de notre ignorance grâce aux remparts de savoir que nous établissons et renforçons à coup de mille et une leçons et apprentissages.

Seulement… c’est lorsque nous consentons à admettre que nous ne savons pas, que nous ne savons plus, que nous n’avons jamais su, que nous ne saurons jamais, que nous sommes alors au plus proche de la Connaissance.

À chaque pas que nous faisons pour apprendre à désapprendre, nous avançons de plus en plus près vers celle-ci.

À chaque instant où nous oublions totalement ce que nous croyions savoir, où nous renonçons à tout ce que nous sommes persuadés de connaître, nous nous élevons dès lors vers sa Lumière, nous révélant alors à nous-même l’essence divine de notre être, de l’autre, du monde…

En continuant à croire que nous savons tout ou presque et à apprendre à perte de soi pour consolider ce tout qui n’est en fait rien, nous continuons à marcher, aveugles et aveuglés, nous éloignant toujours plus de cet essentiel, de cette source, de ce Cœur et de ses vivantes pulsations dont nous nous désintéressons, les considérant comme un acquis banal alors qu’ils ne sont rien de moins qu’une grâce magistrale.

Nous avons à apprendre en fait à être ignorants.

Et à l’être totalement.

C’est-à-dire à n’être certains de rien d’autre que de notre ignorance car c’est alors, dans cette révélation palpitant humblement à fleur de notre être, que nous caressons au plus intime de la Connaissance.

Si l’ignorance qui nous maintient dans la certitude que nous savons et que nous connaissons est au plus loin de la Connaissance, en revanche l’émergence en nous de la conscience de notre ignorance nous y emmène au plus près.

Il est ainsi juste de désapprendre même à respirer.

Car tant que nous continuons à respirer en croyant que nous le savons, nous nous privons du miracle que nous survienne un jour la sublime expérience d’avoir le souffle coupé.

La Connaissance n’est pas dans ce que nous apprenons.

Elle est dans ce qui nous survient, l’imprévu, ce qui n’a pas eu le temps d’être passé au filtre de notre contrôle et au tamis de notre ego.

Arrêtons donc de respirer.

Laissons-nous plutôt connaître cette extase d’avoir le souffle coupé.

Être béats jusqu’à la Béatitude.

Là est la Connaissance.

Dans l’instantané, l’insaisissable, l’incontrôlé, l’inattendu, l’inespéré.

Là où nous ne savons rien.

Là où – simplement – nous sommes.

***

Photo : Shalabhāsana aquatique (posture de la sauterelle), série « Mirages », par Thanh Nguyen


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