La stabilité est-ce debout-(assis-couché-)pas bouger ?

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En Yoga, on parle souvent de l’importance de la stabilité, de développer en soi la capacité de tenir debout sans vaciller (stabilité physique) ; le souffle constant, régulier (respiration non-chaotique) ; et l’esprit posé, équanime (calme mental). (voir également l’article suivant qui développait le sujet à partir d’un autre axe : L’art du funambule, l’équilibre intérieur au-delà de la peur)

Face aux turbulences auxquelles nous pouvons être confrontés, la voie de la facilité consiste fréquemment à tout figer ; pour sortir d’un excès d’agitation, de prendre le contre-pied en se raidissant, en s’anesthésiant, « pourvu qu’il ne nous arrive rien », histoire de s’éviter – croit-on – d’avoir à trop souffrir d’une situation éprouvante.

Mais en réalité ce parti pris (consciemment ou non) ne fait qu’accroître les tensions intérieures face aux éléments qui nous bousculent. Et surtout – surtout ! – se planter comme un seul tronc que l’on fantasme fort et puissant – inébranlable – c’est considérer ce qui nous entoure comme la menace permanente d’une attaque imminente dont il faudrait se protéger par une défense bétonnée, armure endossée et remparts dressés.

Or, à défaut de pouvoir agir sur la situation incommodante afin que « tout redevienne comme avant » et retrouver ainsi notre petit confort qui n’était en fait bien souvent qu’une illusion que nous nous projetions, il est possible de voir cette instabilité non pas comme une punition, voire une malédiction contre laquelle il faudrait être exorcisé, mais plutôt comme une opportunité, voire une bénédiction qui nous autorise à évoluer, à nous renforcer et à nous attendrir, à mûrir grâce à tous nos potentiels en sommeil que la situation réveille pour pouvoir la surmonter.

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Parfois aussi, malgré nous, nous sommes nous-même l’instigateur de l’instabilité. Lorsque nous avons pris conscience de la stagnation dans laquelle nous nous sommes nous-mêmes enfermés, routine certes confortable et rassurante mais quand même, disons-le, sacrément chiante à force : nous sommes des êtres VIVANTS, oui ou merde ?

Alors, lorsque l’inconfort de notre installation dans une situation de laquelle nous nous satisfaisions parce qu’en bouger nécessitait selon nous une énergie que nous n’avions pas, croyons-nous (car toutes les limitations dans lesquelles nous nous enfermons ne sont rien d’autre que des constructions de notre mental pour pouvoir mieux contrôler notre désir de liberté) ; lorsque l’inconfort de notre installation dans une situation, donc, devient plus grand que l’inconfort lié à la peur de changer notre positionnement face à cette situation, alors des « choses » commencent à se mettre en branle au-dedans de nous générant ainsi un sentiment d’instabilité plus ou moins profond.

Oui, c’est vrai.
La sensation d’être traversé par des vagues remuées la plupart du temps par des vents contraires.
À mi-chemin entre l’élan qui porte et soulève et le frein qui retient et écrase.
Comme coupé en deux.
À la fois le désir d’aller de l’avant vers l’inconnu qui avec amour nous tend les bras pour nous élever, à la fois la crainte de quitter le trop connu qui avec rigueur nous retient jusqu’à nous étouffer.
La tentation est grande en effet de concrétiser notre volonté de tout immobiliser – corps, cœur et esprit.
D’arrêter le temps.
De figer l’espace.
De se tenir droit comme un pouce qui se tend pour réclamer une pause, sans plus bouger ni même respirer.
Priant que cesse ainsi le déchaînement des chevaux au galop qui, dans notre tête, nous sabotent et nous labourent, sourds à nos assauts de contrôle qui nous cabrent du bout des rênes.
* Mais… ce qui se déchaîne n’est jamais rien d’autre que ce qui est trop tenu en chaîne… *

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En réalité, loin d’être une immobilité, la stabilité est mouvement, danse avec le vent qui sème en nous les graines qui nous feront pousser vers notre sommet, avec les vagues qui nous apprendront à flotter jusqu’aux rives de nos terres encore inexplorées et avec tous les autres éléments qui, loin d’être une menace à notre tranquillité, travaillent en fait main dans la main à nous amener – pour peu que l’on se laisse emmener – exactement là où la vie nous désire.

Il suffit de désirer de nous laisser être désiré et d’aller alors vers. Offert. À elle, à Lui, à Tout.

La stabilité est en fait un oui à se laisser traverser, contre vents et marées, souple et mobile, par l’Energie qui ondule et serpente en tout notre être, nous révélant à nous-même l’étendue infinie des sensations et des émotions qui nous sont donnés de vivre. C’est elle qui nous soutient debout à aller de la terre au ciel et de revenir du ciel à la terre en un seul courant délicieux venu pour bercer chacune de nos cellules jusqu’à l’éclosion de la Béatitude qui glissera en nous comme on entre dans l’eau d’un bain et, nourrie de la caresse de notre âme, rejaillira sur le monde bien au-delà de nous-même.

Inspiration, vague ascendante, acceptation de nous laisser pénétrer, envahir, transporté par ce Souffle qui nous semble étranger mais qui ne fait qu’Un avec nous et plutôt que nous éloigner de nous-même (ou plutôt de ce que nous croyons être), bien au contraire nous y ramène (à ce que nous sommes vraiment).
Expiration, vague descendante, de l’extase de s’être laissé submerger par l’Énergie qui nous a immergé au Cœur de notre Lumière émerge alors la Conscience si subtile d’être en fait alors au plus près de Soi… fusionné à Tout…

La stabilité figée est asphyxie qui condamne à l’immobilité ce qui est pourtant voué à la mobilité.
À la vie en fait.
À ce miracle qui nous aime tellement qu’il nous aide à chaque instant à révéler en nous-même tous les talents pour déployer notre Cœur toujours plus grand.
Comme des voiles – ou des ailes ! – embrassées par les vents.

——–

Sculpture : L’Éveil, Isabel Miramontes

Sculpture de sable : Mirage, Katie Grinnan

Sculpture : Les signes de l’Homme, Oskar Schlemmer

 


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