Faut-il être « bien roulée » pour « faire » du Yoga ?

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Question du jour : Pourquoi, pour illustrer le Yoga, voit-on constamment une fille en Eka-pada-rajakapotāsana ?

Réponse : Excellente question ! (Silence le temps de réfléchir) Aucune idée !

Photo : Fille illustrant le Yoga en Eka-pada-rajakapotāsana au Club Mattel Yoga (parce que c’est bien connu que si tu fais pas cette posture, t’es pas un vrai yogi)

Variante possible : Fille illustrant le Yoga en Natarajāsana avec sa copine dont on ne sait pas trop bien ce qu’elle fait mais si elle prétend que c’est du Yoga c’est que ça doit en être assurément.

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*****

[ Constatant – sans doute avec regret – que ce texte est toujours autant d’actualité et peut-être même encore davantage qu’au moment de son écriture et de sa publication sur le blog Yoganova magazine il y a plus d’un an et demi, il me semble utile de le republier aujourd’hui, alors que l’on assiste de plus en plus à une sorte de schizophrénie sur le sujet : les promoteurs (enfin… disons plutôt « -teuses »…) du yoga-selfie-body-asana-de-ouf dénoncent dans le même temps ce dont ils (enfin… elles…) s’érigent pourtant comme porte-image.

NB : Je précise que l’intention de ce texte est purement sociologique, il ne s’agit bien entendu pas d’une catégorisation binaire et réductrice du style « postures = pas bien VS méditation = bien » ou encore « corps = suppôt du diable VS esprit = vassal de sainteté ».
Par ailleurs, la notion de « corps idéal » dont il est question ici fait référence à ce qui est socialement élu et reconnu comme tel. Il est évident que je ne prône pas la standardisation de la beauté qui revêt – je dirai : dieu merci – des dimensions bien plus vastes que la seule apparence physique qui est d’ailleurs elle-même subjective.
Je préfère mettre ceci au clair car à l’époque de la publication du texte, j’avais eu certains retours disons… énervés…

Bonne (re)lecture et surtout bonne pratique à toutes et à tous ! ]

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J’ai énormément hésité avant d’écrire le texte suivant et à l’instant où je l’écris, je suis loin d’être sûre de le destiner à la « publication », à « rendre public » ce qui abordera quelque chose d’aussi privé. Pour quoi le ferai-je ? Quel intérêt cela aurait-il pour moi et surtout pour le potentiel lecteur ?

Je ne sais pas. Mais on verra…

Si aujourd’hui vous êtes en train de le lire, c’est probablement que j’aurai estimé que le message qu’il véhicule est plus important que la préservation d’une part personnelle de ma vie par peur de l’impudeur.

Publié ou non, quelle que soit la décision, je serai peut-être amenée à la regretter…

Je ne sais pas. On verra…

Il est donc question ici – le titre est en cela suffisamment clair et explicite (pas de subtilité de langage qui rendrait les choses moins accessibles) – il est question, donc, de l’apparence dans la pratique du Yoga. Rien que l’écrire, il y a en moi quelque chose qui s’insurge : comment en arriver à parler d’apparence dans une pratique si intérieure qui n’a rien à voir (en tout cas à l’origine) avec un culte de la performance esthétique brandie à tous les miroirs ?

Et pourtant… l’envers du décor fabriqué avec des alibis de beauté intérieure en carton pâte est que, de plus en plus, le Yoga et ceux qui le pratiquent (ou du moins croient et disent le pratiquer) sont pris en otage et en même temps – par leur approbation silencieuse – se rendent complices d’une société qui tendrait à standardiser le bien-être… et le bien-paraître… au rang d’exigence à l’égard de soi-même, des autres et de la société toute entière.

En tant que pratiquant(e) de Yoga, et d’autant plus en tant que prof, si tu ne pratiques pas le Yoga dans sa dimension posturale quasi quotidiennement, si tu n’as pas l’hygiène de vie – notamment alimentaire – qui va avec, tu es assez vite taxé(e) de ne pas prendre assez soin de toi. Alors faudra pas venir te plaindre si tu es fatigué(e), si tu tombes malade, si tu déprimes, etc. ! Tu as la responsabilité de toi-même et de ton propre bien-être : il faut vous prendre en charge lui et toi parce que, entre autres, à un moment donné on ne pourra plus compter sur qui que ce soit, pas même sur la Sécu, pour le faire.

C’est assez amusant quand j’y pense (il vaut sans doute mieux en rire qu’en pleurer) de voir l’évolution des choses…

Je disais justement à un ami la semaine dernière que, à l’époque où le Yoga est entré dans ma vie (au printemps 2003), j’y avais vu un refuge m’offrant la possibilité de pouvoir être libre d’être moi-même permettant alors à l’excessive perfectionniste que j’étais (et qu’il m’arrive encore souvent d’être) de trouver le repos.

Mais il s’avère que depuis disons environ 2 ou 3 ans, sous influence nord-américaine, la pratique du Yoga est récupérée par une sorte d’injonction à devenir « la meilleure version de soi-même », comme si être simplement soi-même ne suffisait pas et qu’il fallait se débarrasser de ce qui est considéré comme « bad » (mauvais) pour garder seulement le best of self (le meilleur de soi).

On se retrouve donc en fin de compte dans une sorte d’hygiénisme moderne où il conviendrait de se consacrer à la purification de son corps, de son esprit et de son âme, la mode obsessionnelle des detox en tout genre, concomitante à celle du Yoga, en est la plus sûre attestation. On te dit à longueur de « quotes » (citations dont se gargarisent les réseaux sociaux, les magazines « bien-être » et les étiquettes de tisane bio) que tu es beau (du moins à l’intérieur…) et que tu es digne d’être aimé tel que tu es… mais bon, faut quand même pas déconner, tache de faire des efforts pour quand même être mieux que ce que tu es, hein !

Finalement une sorte d’hypocrisie insupportable quand la fameuse petite phrase « Be yourself » est illustrée par une jeune-femme (ou un jeune-homme) très court vêtue et reconnue socialement comme étant sublime, voire même parfaite… de l’extérieur…

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Lorsque l’on tape « Yoga » dans Google images, voici l’une des premières photos qui apparaît. Toutes les autres photos sont équivalentes à celle-ci.

Je ne peux alors que me rappeler de ma lecture de l’ouvrage du sociologue Jean-François Amadieu, Le poids des apparences, que j’avais beaucoup utilisé il y a huit ans pour l’écriture de mon mémoire de Master de Sociologie (Corps « hors-norme ». Panser le stigmate de l’obésité par la quête de conformité).

Il s’agit d’une étude sociologique de laquelle il ressortait notamment que, dans le recrutement professionnel ainsi que matrimonial, la beauté extérieure est la plupart du temps supposée témoigner de la beauté intérieure : dans l’imaginaire collectif, quelqu’un de beau est considéré comme étant en meilleur santé, comme prenant plus et mieux soin de lui, comme ayant suffisamment d’amour pour lui-même pour se rendre aussi aimable par l’autre. Il s’agit d’une discrimination positive qui crée une sorte de cercle vertueux de réussite fait d’une meilleure chance à l’embauche et à l’élection sentimentale.

L’étude révèle que l’inverse est observable dans les mêmes proportions : un physique moins avantageux, pouvant constituer un facteur d’exclusion sociale, réclamera de l’individu qui en est pourvu le déploiement de davantage de qualités professionnelles et affectives « pour compenser », alors que l’absence de celles-ci serait d’une certaine manière excusée par la beauté de leurs concurrents.

Extrait d’une fiche de lecture de l’ouvrage que j’avais faite en amont de ma rédaction :

Tout au long de son ouvrage, Amadieu va largement insister sur la notion de préjugé. Il identifie deux effets puissants : l’effet de halo et l’effet Pygmalion.

L’effet de halo est le mécanisme par lequel les individus ont tendance à associer d’autres qualités à une personne incarnant leur idéal de beauté, un peu comme si le fait d’être beau aurait un effet aimant qui attirerait tous les autres adjectifs mélioratifs, même s’il s’agit de qualités qui n’ont rien à voir avec l’apparence (la richesse, la gentillesse, l’honnêteté, etc.). Ces préjugés sont liés à la société de l’image (érigée par les médias), où l’on valorise les stéréotypes à défaut de les décrypter.

Amadieu parle de l’effet Pygmalion dans le cadre de la réussite scolaire car c’est surtout lors de la socialisation primaire, alors que la personnalité de l’individu n’est pas encore bien établie, que l’on rencontre cet effet. L’effet Pygmalion renvoie à l’idée de prédiction créatrice : les individus se conformeraient à ce que leurs proches attendent d’eux, à l’image que les autres se font d’eux. Selon l’auteur, plus ils sont confrontés à ces attentes, plus il y a de chances pour qu’ils agissent de façon à rendre vrais ces préjugés en s’y conformant.

L’auteur souligne le rôle déterminant de la libéralisation des corps pour montrer que, si autrefois l’uniforme ou le code vestimentaire, imposé par la position sociale, permettait de savoir immédiatement « à qui on avait affaire », désormais, le sort réservé à chaque individu n’est plus autant prédéterminé et connu à l’avance et chacun a une responsabilité accrue face à son devenir, d’où une exacerbation de la concurrence ou, pour utiliser les mots de l’auteur, « une extension du domaine de la lutte ».

Selon lui, « l’intérêt renouvelé pour l’apparence en général provient d’une évolution qui a fait exploser les carcans traditionnels pour, paradoxalement, aliéner davantage ».

Il y a plusieurs mois, j’ai eu l’occasion de voir personnellement ces mécanismes à l’œuvre dans le contexte du Yoga.

J’ai accepté de rencontrer quelqu’un qui m’a connue à travers la lecture de mes textes qui ont justement étaient publiés sur Yoganova et également sur ma page Facebook (à l’époque Yoga Le sens de Soi rebaptisée ensuite Yoga Sésâme).

Il est pratiquant de Yoga et a même l’intention de donner une orientation professionnelle à sa passion. Je ne donnerai pas davantage de détails à ce sujet pour éviter qu’il puisse être reconnaissable.

Parce qu’il m’avait proposé de prendre une part active à son projet, j’avais donc accepté de le rencontrer.

L’après-midi même de notre rencontre, il m’a clairement énoncé que, pour être plus crédible comme prof de Yoga, il faudrait que je fasse un travail sur mon image qui, selon lui, je le cite, « ne correspond pas suffisamment à ce que les élèves attendent d’une prof de Yoga à laquelle ils ont besoin de s’identifier ».

Il m’a donc dit que ce serait bien que je me teigne les cheveux en blond car ma couleur n’est « pas jolie », éventuellement que je me fasse poser des implants mammaires car « ce serait bien pour (moi) », et que je perde 10 à 15 kilos pour être « plus fit ». Suite à sa demande, je lui avais auparavant raconté dans quelles circonstances j’avais démarré le Yoga : le Yoga m’a accompagnée et soutenue tout au long d’un looooooooong chemin de réunification et de pacification avec moi-même à une époque où ma volonté de me débarrasser de mon corps pour en libérer mon âme fût si puissante que ces aspirations mystiques à n’être plus qu’un pur Esprit, une sorte de sainte éthérée, m’ont amenée à deux périodes d’ascèse sévère globalement entre l’âge de 15 et 24 ans. C’est donc en toute connaissance de cause qu’il me conseillait d’intervenir sur mon apparence alors même que l’acceptation de ma matérialité physique a été et reste un travail quotidien dans lequel le Yoga a joué et continue à jouer un rôle fondamental.

Sur le coup, je m’étais dit qu’il avait probablement raison, d’autant plus qu’il justifiait son propos par le fait qu’il souhaitait simplement que je puisse « être encore mieux » que « la belle personne » que je suis déjà. (ou comment faire passer la pilule en jetant un compliment un peu facile…).

Ensuite, je suis passée par une phase où j’ai eu envie de m’effondrer, ma propension à être intéressante et aimable simplement pour moi-même si difficilement acquise et qu’il me reste encore parfois à acquérir étant alors à nouveau profondément remise en doute par cette exhortation à être… non ! à paraître ! mieux que ce que je parais ainsi.

Et puis, quelque temps après cette rencontre, j’ai tout simplement eu envie de lui foutre mon poing dans la figure. 😀

Mais bon, Ahimsa, non-violence… j’ai promis-juré de tenir du mieux que je peux ce principe essentiel du Yoga, à commencer à l’égard de moi-même. En mordant la main qui lui porte un coup, le jeune chien ne répare pas l’offense qui lui a été faite… il a plutôt tout à gagner à conserver son énergie pour prendre soin de sa blessure en léchant sa plaie…

En fin de compte je lui suis reconnaissante car, à bien des égards (pas uniquement relatifs à l’épisode évoqué ici), il m’a permis de beaucoup avancer dans mon cheminement intérieur. Pour paraphraser la sagesse d’un ami qui m’avait dit cet été « c’est bien d’être malade parce que ça nous donne l’occasion d’expérimenter la guérison » : eh bien, c’est bien d’être blessé car cela nous fournit de quoi nous humaniser en nous apprenant à développer de la compassion et donc de l’amour pour nous-même et, par extension, pour autrui… y compris pour la personne à l’origine de la blessure… 😉

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Intitulé de la photo trouvée sur Google images : « Yoga selfie »…

Alors, revenons-en au titre, à la question de départ… Faut-il être « bien roulée » pour « faire » du Yoga ?

Eh bien tout dépend de ce que l’on entend par « faire » du Yoga (d’où l’emploi des guillemets 😉 )…

Si l’on souhaite activement prendre part à la société du spectacle qui tend à faire de soi-même une sorte d’œuvre à admirer plutôt qu’un être à aimer, eh bien oui, il vaut mieux être « bien roulé » en effet…

A l’époque où j’ai découvert le Yoga, à aucun instant je n’aurai envisagé en faire une profession, je n’imaginais même pas que cela puisse en être une ! C’est après plusieurs années de pratique intérieure que s’est naturellement imposée à moi l’évidence de consacrer ma vie au Yoga par la pratique et la transmission de celui-ci. Et ce que j’entendais – et que j’entends toujours – par « pratique et transmission du Yoga » ne se limite pas aux Asana et aux Pranayama que l’on fait sur un tapis, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle, entre autres, j’écris : pour partager au-delà de ce rectangle d’un mètre quatre-vingt sur soixante centimètres.

Aujourd’hui, on assiste à la prolifération de formations de Yoga, que ce soit en Occident ou en Inde qui a trouvé là un formidable créneau touristique (il ne faut pas oublier que le Yoga qui sombrait, comme une Belle au bois dormant dans un long et profond sommeil, a été réveillé dans son pays d’origine par le baiser de l’intérêt occidental). Ainsi, nombre d’aspirants à la pratique envisagent celle-ci comme une voie professionnelle de conversion ou de reconversion et l’abordent comme l’on épouserait un BTS maçonnerie en tant d’années avec un équilibre parfait entre théorie et pratique, et avec la certitude d’obtenir à la fin le papier qui certifiera l’acquisition des compétences requises pour faire sa place dans le « métier ».

Et cette professionnalisation du Yoga a marchandisé celui-ci. On assiste en effet à la multiplication de « marchands de bien-être » face à une société toujours plus en demande (et oui… la loi de l’offre et de la demande a lieu aussi ici…) : de plus en plus de profs car de plus en plus d’élèves et bientôt encore plus de profs que d’élèves, bien que les profs demeurent eux-mêmes d’éternels apprenants…

Le choix de cours et de profs est de plus en plus grand. Alors il faut savoir vendre son cours et… se vendre soi-même…

J’en reviens donc à Amadieu dont l’étude concluait que l’apparence physique jouait un rôle important dans la « valeur marchande et sociale » d’un individu.

J’en reviens aussi aux injonctions de ce yogi que j’ai rencontré, évoqué plus haut, qui insistait sur l’importance de travailler mon « image » si je voulais « faire (ma) place dans un milieu qui est de plus en plus concurrentiel ». Là encore, je le cite.

Alors oui, effectivement, vu sous cet angle, il faudrait probablement être « bien roulée » pour « réussir » dans le Yoga…

Il suffit de constater les efforts de présentation de soi déployés par de nombreuses pratiquantes (1), affublées de toute la panoplie de la jolie petite yogini avec, en tête, la tenue bien ajustée et les bijoux ethniques qui vont avec (notamment le fameux mala, collier de 108 perles servant d’instrument de méditation mais ici déspiritualisé pour être recyclé en accessoire de mode).

Mais…

On peut voir ici tout le paradoxe que cela contient quand on sait que le Yoga est avant tout une pratique de retour à l’essence de soi, un soi libéré de tous les vestiges de l’ego qui tend à faire de lui une icône en représentation.

Mais lorsque la peur de ne pas être assez bien, de ne pas être assez aimable, de ne pas être assez aimé disparaît, que reste-t-il ?

L’essentiel !

L’essentiel revient à comprendre de tout son être (pas seulement intellectuellement) que, contrairement à ce que l’on tend à voir de plus en plus, le Yoga n’est pas un outil d’immortalisation du corps afin que celui-ci soit pour toute la vie, et même au-delà de la vie, beau, jeune, mince, athlétique, séduisant, en pleine santé, etc. etc. « Faire » du Yoga pour obtenir ou entretenir la réalisation de ces aspirations revient à alimenter encore davantage l’ego qui est essentiellement nourri par la peur de mourir. La peur de la mort dont il est question est la peur de la mort de ce qui est périssable, à savoir le corps. Tout cela vient du mécanisme pernicieux qui est à l’œuvre en chaque être humain et qu’il convient de discerner afin de mieux pouvoir s’en délivrer : l’identification au corps, la confusion entre l’ego et le Soi.

C’est ici que la pratique commence vraiment en fait. Tout ce qui est fait avant n’est qu’une préparation à cette véritable pratique. Car nous ne « faisons » pas du Yoga. Tant que l’on reste dans cette illusion que c’est nous qui « faisons », nous restons piégés dans l’illusion que nous « pouvons », que nous avons donc le « pouvoir » sur nous-mêmes. C’est cela même qui crée l’inflation satisfaite de l’ego lorsque celui-ci fait face à ce qu’il considère comme une réussite (par exemple, parvenir un jour à faire une posture que nous ne savions pas faire jusque là). C’est aussi cela qui crée l’affliction lorsque quelqu’un nous dit qu’il faudrait être plus « jolie » pour être « plus crédible comme prof de Yoga », créant alors en nous la culpabilisation de ne pas réussir à faire de nous-même quelque chose de mieux… 😉

Non, nous ne « faisons » pas du Yoga. Ou bien, si l’on fait du Yoga, on reste alors en surface de ce que la pratique a à offrir. C’est peut-être déjà bien, mais c’est surtout bien dommage.

Lorsque l’on comprend que ce qui se passe en nous dans la pratique (là encore, lorsque je parle de « pratique », j’entends celle-ci au sens large et pas seulement ce qui se passe sur un tapis de Yoga, dans une salle de Yoga, guidé(e) par la voix d’un(e) prof de Yoga), lorsque l’on comprend intimement que ce qui se passe en nous dans la pratique nous dépasse largement, alors on peut goûter un aperçu de ce qu’est le Yoga, que ce qu’il propose n’est pas une immortalisation du corps mais au contraire une acceptation de la nature imparfaite et parfaitement limitée de celui-ci. Que, plutôt que de nager à la surface de soi-même (l’enveloppe corporelle), ce que le Yoga propose est l’immersion au plus profond de soi, là où est préservé le véritable trésor qu’aucun artifice extérieur ne saurait détrôner, là où palpite secrètement le seul fruit qui en nous est impérissable, la seule lumière qui en nous est immortelle.

Alors, non. Non, il ne faut pas nécessairement être « bien roulée » pour « être » en Yoga. Celui-ci, tout comme l’Amour auquel il initie, est présent en chacun et chacune, le seul effort étant de s’autoriser la déconstruction de tout ce qui empêche celui-ci de se révéler.


(1) Je parle ici au féminin car il s’avère que, dans le domaine, la gente féminine est plus concernée par le sujet. A la fois parce que les femmes sont aujourd’hui plus représentées dans la pratique du Yoga, mais aussi parce que – je m’en réfère encore à Amadieu – celles-ci sont également plus touchées par l’effet de halo dont il parle (cf. extrait de la fiche de lecture de son ouvrage in corpus).

*****

Dans le même registre, à lire aussi : Sans titre (eh oui ! va falloir lire le texte !)

 


3 réflexions sur “Faut-il être « bien roulée » pour « faire » du Yoga ?

  1. Bravo pour cet article,
    Ton article fait du bien,
    tu as eu raison de l’écrire, je partage totalement ton constat.
    Être en yoga c’est être en vérité avec soi même, c’est accepter son corps dans sa vérité, le yoga dépasse les limites du corps !
    Malheureusement bcp de gens ne saisissent pas que le yoga embrasse plusieurs dimensions de l’être et de sa place dans la vie, l’univers…
    à ce titre je t’invite à aller découvrir la démarche de cette prof de yoga américaine qui fait exploser les clichés autour de cette quête de « beauté » et de « perfection »…
    Va découvrir cette femme courageuse et pleinement assumée : Jessamyn Stanley
    Elle est éblouissante!
    Je suis ronde et je fais du yoga, c’est possible, l’essentiel est ailleurs😉
    Bonne soirée

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  2. Bonsoir, c’est marrant que je tombe sur ton article si bien écrit et tellement vrai 🙂 on parlait du même sujet (et en plus avec tout le cote lucratif, business de la chose) hier soir avec la prof de yoga
    Une débutante

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