A propos de l’amour de soi dans la pratique du Yoga et bien au-delà…

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La semaine dernière, alors que je venais d’apporter un petit ajustement à la posture d’une élève que je reçois en cours particulier afin de lui permettre de trouver plus d’aisance et ainsi de mieux ressentir ce qu’elle était en train de pratiquer, elle a émis un petit soupir de soulagement en me disant « Ahhh ! Ça va mieux comme ça ! » et je lui ai répondu spontanément sans réfléchir « Oui ça va mieux. C’est ton corps, si quelque chose t’est inconfortable et que tu sens que ça pourrait l’être moins, alors n’hésite jamais à faire des changements, à tester des choses comme si c’était un terrain de jeu que tu explores jusqu’à ce que tu trouves là où tu te sens le mieux. »

Ce qui est dit ici est comme le plus souvent en Yoga valable pour ce qui est à l’œuvre sur le tapis mais aussi bien évidemment transposable dans chacune des dimensions de notre vie. Si ça ne s’exportait pas à notre quotidien, à quoi bon ? Bien sûr la pratique apporterait du confort mais sans cet approfondissement, elle ne resterait que de surface.
Ce qui est dit ici était avant tout pour mon élève bien entendu. Lorsque je donne cours, ma présence est toute destinée aux personnes qui m’offrent le cadeau de leur confiance. Mais parfois, dans un laps de temps plus ou moins long après le cours, certaines choses peuvent me revenir à l’esprit et je prends pour moi aussi parce que je suis avant tout ma première élève : j’ai été la première personne pour qui, avec qui et grâce à qui j’ai pu découvrir le Yoga.

Il y a quelques années je pratiquais dans un centre de Yoga où j’ai connu pour les premières et dernières fois en Yoga trois blessures relativement graves suite à des ajustements inadaptés et sans doute assez brutaux, dont je garde encore aujourd’hui des traces qui reviennent à la surface si je n’y prends pas garde. L’idée ici n’est absolument pas de dénoncer certaines interventions de professeurs qui peuvent être assez peu respectueuses du corps (entre autres) des élèves. Ce n’est pas le sujet. C’est un autre débat auquel je ne souhaite pas prendre part, chacun fait les choses en conscience. C’est de l’ordre de la responsabilité du professeur auquel les élèves confient leur corps (et pas que… parce que, au-delà des blessures physiques, il existe aussi des souffrances d’ordre psychologique et qui, bien que moins visibles, n’en sont pas moins graves, loin s’en faut !). Mais il en va aussi de la responsabilité de l’élève. Celle de faire preuve de discernement quant à ce qui est juste pour lui… ou non… Et c’est de cela dont je souhaite parler ici, d’autant plus en cette fin de mois d’août qui représente aussi pour de nombreuses personnes le début de recherches de cours où pouvoir pratiquer à partir de la rentrée. Car il y a de plus en plus de cours. De plus en plus. A vrai dire, j’ai beaucoup d’admiration pour les personnes qui souhaitent démarrer le Yoga aujourd’hui parce que ça ne doit pas être une mince affaire de choisir tant l’offre est florissante et tant cela représente un tri de fond pour d’un côté repérer ce qui n’est pas du Yoga mais en porte pourtant allégrement le nom, et d’un autre côté, une fois ce premier tri fait, de pouvoir discerner ce qui, parmi les cours de Yoga, ceux qui seront les plus adaptés pour soi à la fois pour opérer un vrai travail en soi à travers la pratique mais aussi pour y trouver du plaisir. Et ça c’est très important !

Il y a quelques années donc, je pratiquais dans ce centre et j’y ai été blessée à trois reprises. Bon, comme chaque fois que j’expérimente dans ma vie quelque chose que je ressens comme un obstacle, je fais en sorte de recycler cela de façon positive et nourrissante sinon quel intérêt ? Se plaindre – « pauvre de moi… » – constituerait une sorte de double peine : non contente de souffrir, cela reviendrait à en rajouter une couche en faisant de cette souffrance une sorte de pensée obsédante plutôt qu’investir l’énergie à chercher à agir pour la dépasser. Les blessures ont ceci d’intéressant qu’elles permettent de trouver des chemins en soi : s’ouvrir à la blessure plutôt que vouloir à tout prix la colmater avant même d’avoir pu la ressentir, apprendre à la comprendre, à l’accepter, à l’explorer, trouver des stratégies pour vivre avec elle et… en ce qui me concerne, à travers ma propre expérience de cette blessure, développer la compassion pour moi-même et par extension pour les personnes qui peuvent connaître le même type de blessure, ce qui me permettra d’ailleurs de pouvoir mieux savoir ce qui peut les aider à vivre avec elle (pour l’avoir vécu dans mon propre corps, savoir par exemple quelles adaptations peuvent être les plus justes). J’ai donc en quelque sorte une forme de gratitude pour mes blessures. Quelles qu’elles soient. A tous les niveaux de mon être. Physique, mais aussi psychologique et émotionnel.

Néanmoins, je reviens sur le début de ce partage : il en allait de ma responsabilité de ne pas attendre trois blessures assez conséquentes et qui gardent une empreinte (la plupart du temps en sommeil mais qui se réveille parfois en fonction de ce que je vis, ça a été le cas notamment l’hiver dernier) pour arrêter, pour partir, pour changer. Et pourtant j’ai laissé faire, j’ai continué, je suis restée.
Je reviens aussi à cette phrase dite à mon élève : « C’est ton corps, si quelque chose t’est inconfortable et que tu sens que ça pourrait l’être moins, alors n’hésite jamais à faire des changements, à tester des choses comme si c’était un terrain de jeu que tu explores jusqu’à ce que tu trouves là où tu te sens le mieux. »
Pour illustrer cette phrase à partir de ma propre expérience, j’ai choisi celle de la pratique posturale et des blessures physiques qui peuvent y être expérimentées. J’aurai pu choisir une expérience plus intime, ce n’est pas ça qui manque et je pense particulièrement à la plus récente (et aussi l’une des plus conséquentes) vécue l’hiver dernier. J’ajoute cette précision uniquement pour insister sur le fait que ce dont je parle dans ce texte est loin, très loin de concerner uniquement ce qui est en jeu sur un tapis de Yoga, cela recouvre chacune des dimensions de la vie.

On entend de plus en plus parler de notions telles que « aimer son corps », « s’aimer soi-même », etc etc. Souvent rien n’est dit de plus ou alors la plupart du temps c’est propice à être un argument de vente : « Tu t’aimeras mieux si tu prends soin de toi avec telle crème de beauté machin, avec tel stage de développement truc, avec tel livre spirituel bidule… ». Mais concrètement qu’en est-il exactement ? S’aimer c’est avant tout être pour soi-même la personne la plus responsable, la plus attentionnée et la plus aimante possible. Il n’est besoin pour cela de rien ni de personne d’autre que soi-même. C’est apprendre à être pour soi-même le meilleur parent possible, le meilleur professeur possible, le meilleur amoureux possible. A travers la pratique du Yoga par exemple, c’est apprendre à être pour soi-même ce que le professeur accomplit à notre égard : bien intentionné, à la fois ferme permettant de progresser et à la fois bienveillant pour ne pas (se) blesser de quelque façon que ce soit.

Attendre trois blessures, c’est trop, c’est considérer implicitement que l’on ne vaut pas mieux, que c’est « normal » de vivre en soi la violence (même si celle-ci est perpétrée inconsciemment, sans le vouloir). C’est aussi surestimer la souffrance en estimant que c’est la meilleure façon d’évoluer sur le chemin spirituel. Ca a été souvent mon cas, mais j’apprends de plus en plus qu’elle n’a pas la médaille d’or de l’enseignement : le plaisir aussi ! Ce n’est qu’une question de regard. Et de vibration aussi. Si l’on survalorise la souffrance en considérant qu’elle est la meilleure opportunité de progresser, il ne faut pas être surpris d’attirer à soi des situations qui nous donneront à la vivre de plein fouet ou de continuer à tolérer des situations qui entretiennent cette souffrance…

Il y a cette chance tout de même inégalable de pouvoir vivre avec notre corps les plus belles expériences qui nous sont offertes de vivre. Souvent il est question de placer l’attention sur les tensions, sur tout ce qui nous contrarie, nous alourdit, nous raidit, sur ce que l’on croit en trop et dont on voudrait se débarrasser, et sur ce que l’on croit en moins et que l’on aspirerait à gagner pour remplacer ce qui ne nous convenait pas ou plus. Et pendant ce temps passé – et même gaspillé – à chasser ceci, à retenir cela, à se plaindre de ci, à courir après ça, ce qui est là à ressentir en nous pleinement là maintenant se désespère d’attirer enfin notre attention et quand celle-ci se pose enfin, il n’y a déjà plus rien sur quoi se poser, c’est déjà passé et ce qui était à profiter n’est plus, au point que l’on croit que ça n’a jamais été, alors que c’était là, c’est juste nous qui n’y étions pas. Dommage. Dommage pour nous. De vivre au seuil de soi-même sur la pointe des pieds et des dents, du bout des doigts et de la langue alors que tout est là pour que l’on s’en délecte, de tous nos sens, en tous les sens, sans rien gâcher à chercher le sens de ce qui n’en a en réalité pas.

Nous sommes vivants et c’est bien assez. Le reste n’est que pur scénario monté de toute pièce par un mental qui s’ennuie à force de regarder dans le cœur par le trou de la serrure au lieu d’y pénétrer sans peur d’y plonger tout entier jusqu’à ne faire plus qu’un avec lui au point de perdre la suprématie dont il est lui-même le fantasme, baigné dans l’illusion d’être le maître de tout alors qu’il n’est en fait que l’esclave et qui plus est l’esclave de lui-même…

Voilà donc, à tous les niveaux de la vie, s’aimer soi-même et de là aimer l’autre en lui donnant en quelque sorte l’exemple afin qu’il puisse lui aussi s’aimer (ce qui est en soi tout de même la plus belle preuve d’amour), c’est avant tout être en conscience, cultiver le discernement, que ce soit dans le choix d’un cours, et une fois ce choix fait, celui de continuer dans ce cours… ou non… , mais que ce soit aussi dans nos choix relationnels, dans nos choix professionnels, dans nos choix de consommation, etc etc. C’est être l’acteur principal de la vie que l’on joue et qui se joue pour nous (et non pas contre nous, comme l’on tend souvent à le croire lorsqu’il se passe quelque chose qui nous contrarie…).

Cette phrase : « C’est ton corps, si quelque chose t’est inconfortable et que tu sens que ça pourrait l’être moins, alors n’hésite jamais à faire des changements, à tester des choses comme si c’était un terrain de jeu que tu explores jusqu’à ce que tu trouves là où tu te sens le mieux. » peut en fait s’étendre bien au-delà du corps : il ne s’agit même pas que de lui, il s’agit aussi de l’esprit (à travers les pensées qui le traversent ou qui s’y figent et que l’on peut décider de changer aussi), du cœur (à travers les émotions qui s’y manifestent ou qui s’y débattent et que l’on peut décider de changer aussi) et de la vie toute entière sur laquelle on a ce droit et même ce devoir de vivre nous-même telle qu’elle peut le mieux possible nous donner à nous épanouir dans une ouverture à l’Amour de plus en plus confiante et radiante de telle sorte que cela ne nous concerne pas seulement nous (pourquoi voir petit ?), mais aussi chaque être auquel nous sommes relié.


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