La question délicate de la progression en Yoga…

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Il y a quelque temps j’ai reçu un mail d’un élève au sujet de sa progression dans sa pratique du Yoga sur laquelle il souhaitait avoir mon avis sincère. Question pour laquelle je le remercie d’ailleurs de m’avoir posée car c’est sans doute ce sur quoi tout(e) pratiquant(e) est amené(e) à un moment ou un autre à s’interroger, raison pour laquelle j’ai pensé peut-être intéressant de partager ici la réponse que je lui ai adressée (j’ai très peu modifié celle-ci, uniquement par souci de respect pour lui et de fluidité de lecture pour vous afin qu’elle puisse être rendue publique).

***

Alors, cette question de la progression en Yoga est intéressante dans la mesure où elle peut être pour celle ou celui qui se la pose l’occasion bienvenue d’une forme d’introspection pour mieux ressentir où l’on en est dans sa pratique, dans laquelle peut naître parfois un sentiment de stagnation.

Et la réponse à la question est tout simplement là en fait. Car c’est par cette introspection, propice à l’approfondissement de son investissement dans sa pratique, que l’opportunité de la progression s’offre à nous.

En réalité, à mon sens, personne – pas même un prof de Yoga – ne peut en aucun cas se faire le juge de la pratique de quelqu’un et de la progression de celle-ci dans la mesure où en Yoga – comme en tout – il y a ce qui se voit de l’extérieur (ce qu’un autre que soi peut observer donc)… et ce qui se passe à l’intérieur (qu’un autre que soi ne peut tout au plus que supposer, personne d’autre que soi ne pouvant ressentir ce qui se passe en soi ; et d’ailleurs… je conseillerai fortement de se méfier de quiconque prétendrait avoir le pouvoir ou le don de le faire…).

Et, là encore – comme en tout – le plus important n’est que peu souvent ce qui se voit de l’extérieur, le plus essentiel est ce qui se ressent au-dedans et à ce sujet toute personne autre que soi ne peut que tenter d’essayer de deviner… en vain, de façon partielle et probablement erronée comme c’est le cas chaque fois qu’on se place seulement dans la posture de la supposition plutôt que dans celle de l’investigation que l’on est toujours les seuls à pouvoir entreprendre pour nous-mêmes en fait.

Dans mon approche des choses, le professeur de Yoga ne peut qu’accompagner dans ce processus celles et ceux qui lui font la confiance de cheminer à ses côtés, mais en aucun cas donner un avis au risque d’induire quelque chose qui ne serait pas forcément juste.

Pour moi, le professeur doit savoir être là par sa présence bien sûr mais aussi savoir disparaître au profit de ce qui est à l’oeuvre bien au-delà de lui. Sinon, il devient guru à la place du Guru qui, quant à lui, n’est sûrement pas une sorte de prétendu maître (extérieur), mais plutôt le grand Maître intérieur. Et intervenir entre Lui et l’élève en répondant de façon directe et absolue (oui/non enrobé d’un petit blabla vite fait justificatif) à la question de ce dernier ferait du professeur un bien mauvais, voire même dangereux, intermédiaire.

Il est toujours nécessaire selon moi (et là aussi dans tous les domaines) de privilégier aussi souvent que possible la voie directe, sans intermédiaire donc, ce dernier ne faisant la plupart du temps que parasiter hélas la qualité d’écoute et de communication intérieure qu’il est déjà parfois si difficile de parvenir à trouver en soi.

Bien sûr, je mentirai si je disais ne pas avoir compris que la question de la progression fait souvent surtout allusion à la pratique posurale puisqu’elle se pose souvent en faisant une référence explicite aux postures.

Cependant, comme quiconque me connaît un minimum le sait probablement, dans ma transmission du Yoga, la posture n’est pas reine, mais plutôt valet.

Et c’est à mon sens très important de ressentir cela en soi sinon le corps est réduit à n’être qu’une sorte d’esclave subordonné à un système critique (souvent ingrat) de la part du mental qui souhaite, ou pire : qui exige ; qui considère ceci comme trop, cela comme pas assez ; qui congratule – pouce vers le haut ; ou condamne – pouce vers le bas. Un petit roi (ou petit moi) bien tyrannique en somme.

Il est souvent beaucoup plus porteur, si l’on veut vraiment « progresser », de renverser la hiérarchie en mettant plutôt la posture au service de soi (et non l’inverse donc). De peut-être moins pratiquer, mais de pratiquer mieux. Pas au sens de mieux faire les postures bien sûr, loin de là, mais plutôt en posant des intentions plus justes pour la pratique.

Par expérience (car je suis et je reste aussi avant tout pratiquante moi aussi), je sais que pratiquer quotidiennement ou presque peut représenter un sérieux frein à la progression. Et c’est sans doute d’autant plus insidieux qu’on ne penserait jamais à cela, bien au contraire…

D’une part car on peut être amené alors à vivre la pratique comme une sorte de routine à laquelle on se tient avec le risque de vivre les choses en pilote automatique et donc de façon moins présente, moins consciente, moins profondément investie (même si pratiquer ainsi n’est pour autant pas à dénigrer non plus bien entendu).

D’autre part parce qu’on se dit, et c’est humain car socialement conditionné, que plus que l’on pratique, plus on aura de « résultats », ça nourrit donc beaucoup d’attentes et donc parfois de la déception ou de la frustration car ces attentes ne sont en fait pas toujours faites pour être satisfaites.

Il y a d’un côté ce que l’on souhaite et de l’autre ce qui est souhaitable, et les deux ne se rejoignent pas toujours pour fusionner en une seule et même fin et c’est important de l’accepter aussi lorsque l’on soulève la question de la progression, sinon on passe à côté de celle-ci sans la voir…

Parce que, oui, parfois on peut être amené à avoir l’impression (la plupart du temps vécue de manière désagréable) de stagner, alors qu’en fait ça évolue mais on ne s’en rend pas forcément compte car ce n’est pas de la façon dont on l’attendrait. C’est un peu comme si on se tenait devant un bébé à quatre pattes en attendant impatiemment et désespérément qu’il réussisse enfin à se mettre debout et, ainsi tellement focalisé là-dessus, on ne s’est même pas aperçu que pendant ce temps là il a accompli de prononcer ses premiers mots.

Et puis aussi, lorsque l’on pratique assidûment depuis un certain temps, il arrive fréquemment que l’on est tellement tendu vers la progression à venir que l’on oublie d’où l’on vient et tout le chemin parcouru jusque là déjà… (à ce propos, consulter peut-être l’article suivant : Debout, deux pieds ici, demain se crée dès aujourd’hui)

Pour toutes ces raisons, il me semble fabuleux de pouvoir saisir – comme je le disais plus haut – la chance de l’apparition de cette question comme une heureuse opportunité de progression en développant l’introspection à laquelle elle invite.

Une façon détournée mais ô combien enrichissante d’y répondre pourrait être notamment de se livrer à un exercice pour soi-même, que l’on peut faire par exemple par écrit de la façon la plus consciente et la plus honnête possible.

On pourrait ainsi se demander d’abord pour soi-même quel sens donnons-nous à notre pratique, ce qu’elle nous apporte dans chacune des dimensions de notre être et quelle progression espèrons-nous ?
Puis, dans un second temps, dans quel « état » (physique, mais pas seulement) pouvons-nous nous rappeler avoir démarré notre pratique, quand ? comment ? dans quelles conditions ?
Et enfin, dans quel « état » nous sentons-nous aujourd’hui ?

Cet exercice est en fait en lui-même une pratique à proprement parler. Il s’agit de Svadhyaya, l’étude de soi. On devient ainsi son propre professeur et son propre élève. Un chemin vers l’autonomie. Ce qui ne signifie pas que nous devenons autosuffisants. L’accompagnement est toujours le bienvenu bien sûr.

Simplement, il y a la pratique guidée par un professeur ; mais il y a aussi cela, la pratique rien qu’avec Soi et qui est peut-être encore plus précieuse car pour cela nous n’avons besoin de rien et de personne d’autre que soi-même.

Pas d’intermédiaire.

Relation directe avec Soi. 🙂

 


Image de une : Sculpture de Mark Chatterley


2 réflexions sur “La question délicate de la progression en Yoga…

  1. Bonjour Marie,

    Quelle belle réponse tu as fait là ! Ce texte est si inspirant, vraiment bravo !

    J’espère que tu passes de bonnes vacances 🙂 Si tout va bien, je pense venir au hatha mardi midi !

    Bonne fin de journée et à tout bientôt ! Bise Nadine.

    Aimé par 1 personne

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