Le Yoga, pratique d’amour ou d’intérêt ?

Pourquoi pratiquez-vous ?
Voilà probablement une question qui a été posée au moins une fois à toute personne pratiquant le yoga. Pourquoi pratiquez-vous ? Pourquoi pratiques-tu ?
C’est vrai ça ! Toi qui lis en ce moment, pourquoi pratiques-tu ?

Les réponses peuvent varier d’une personne à l’autre. Mais globalement, lorsqu’on la pose, on peut entendre la plupart du temps des choses du type « pour gagner en souplesse / en tonicité », « pour soulager, éviter, éliminer telle ou telle douleur », « pour être moins stressé, moins angoissé », « pour être plus concentré, plus posé », « pour développer la connaissance / l’écoute de moi-même », « pour me sentir plus en paix, plus heureux », etc.
Tout ce qui peut être dit répond donc en fin de compte davantage à un « pour quoi ? » plutôt qu’à un « pourquoi ? ».
Pourquoi ? 🙂
Bonne question ! 😉

Ce que je vais formuler ici pour tenter d’y répondre n’est que de l’ordre de l’hypothèse et n’engage que moi. L’idée est simplement de poser cela comme un sujet de réflexion invitant chacun(e) à s’interroger à ce sujet qui est, à mon sens, important (les questionnements et les fruits de votre réflexion à ce propos sont d’ailleurs les bienvenus si vous souhaitez les partager ici).

Pourquoi pratique-t-on pour ceci ou pour cela ?

Il me semble que pour répondre à cette question, on ne peut faire l’économie de se pencher sur ce qui se trame – n’ayons pas peur des mots – sous le jeu de l’offre et de la demande.
(Pardon par avance pour la simplification mais je ne vois pas comment en parler plus clairement.)

Bon. Il y a les cours. Avec d’un côté, l’offre qui est représentée par celles et ceux qui les proposent (ce que l’on appelle communément « les profs ») ; et de l’autre, la demande qui est incarnée par celles et ceux qui – de fait – recherchent puis fréquentent les cours (autrement dit « les élèves », bien que ce terme soit contestable mais c’est un autre sujet…).

Alors… Bien évidemment, la relation prof-élèves ne se résume pas qu’à cela, et fort heureusement. Mais il s’agit juste ici d’observer cette dimension, trop souvent niée ou ignorée, alors qu’elle a aussi un impact et qu’il est important de ne pas faire comme s’il n’en était rien.

Au moyen de sites internet, de réseaux sociaux, de photos, de conférences, d’articles dans des magazines, … ou même en cours, les premiers évoquent – voire vantent/vendent – aux seconds les mérites de la pratique (les fameux « bienfaits »…), ce qui suscite, encourage, entretient ou ravive l’envie de pratiquer.
Mais dans un même temps, ce sont aussi les attentes, les besoins, les désirs des seconds qui entraînent les premiers à décorer leur vitrine à l’avenant (eh oui).
L’offre se nourrit donc de la demande tout autant qu’elle la nourrit.

Bref. De part et d’autre, le focus est pleinement projeté sur l’objectif, le résultat, l’intérêt.
Pour quoi ? Pour ceci, pour cela.
C’est en somme de l’ordre de la consommation. S’investir dans quelque chose (la pratique) et souhaiter en tirer bénéfice (les « bienfaits » de la pratique).
Car la plupart du temps, soyons honnêtes, nous pratiquons par intérêt. Et la professionnalisation du yoga (le yoga devenu profession) – autre question délicate à aborder et qui mériterait approfondissement sous bien des angles – a probablement une grande part de responsabilité là-dedans.

Cela peut sembler choquant d’exprimer les choses ainsi, et ça l’est ; mais ce qui l’est encore plus selon moi c’est que les choses soient ainsi et qu’il est donc difficile de les exprimer autrement.

Et pourtant…

Pourtant, la pratique est sans intérêt (j’avais déjà écrit à ce propos ici : Le Yoga, ça sert… à rien.).
Il n’y a pas à pratiquer pour ceci ou pour cela. Mais juste à pratiquer pour pratiquer. Pourquoi ? (et non plus pour quoi ?) Parce que la pratique se suffit à elle-même, il n’y a pas de valeur à lui ajouter à travers tel ou tel résultat escompté prompt à satisfaire telle ou telle attente. Ça c’est du yoga capitaliste. Et ça n’a rien à voir avec le Yoga tout court.

Or, tant que le focus est axé sur les objectifs, les attentes, les résultats, les bienfaits et compagnie, tout se tend vers un but à atteindre – la racoleuse « meilleure version de soi » – rendant dès lors ce qui est là présentement comme étant insuffisant, insatisfaisant, à éliminer, à changer, à améliorer, etc.
Et lorsque l’attention est ainsi accaparée par ce que la pratique a à apporter, le dommage est alors de passer à côté de ce qu’elle est déjà en train d’oeuvrer en nous sans même qu’on le soupçonne. Car l’essentiel se passe souvent là où ne l’attend pas et probablement justement parce qu’on ne l’y attend pas.

Toutefois, rien ne se passe sans nous et c’est bien lorsque nous sommes vraiment en nous-mêmes – et non pas dans un ailleurs et plus tard fantasmés (là où l’on voudrait que la pratique nous fasse aboutir) – que l’on peut réaliser vraiment ce qui s’y passe.

Là, on pratique par amour et non pas par intérêt.
Et là où il n’y a plus d’intérêt, il n’y a plus que l’amour.
Amour au sens de gratuité.
Amour au sens de réalité.
Amour au sens de présence.
Amour au sens d’ouverture.
Amour au sens de don de soi et de réceptivité au cœur de soi.
Amour au sens de connexion.
Connexion à soi.
Et à tout.

Et ce qui adviendra n’est plus de l’ordre du but recherché, mais ça n’est que conséquence à accueillir.
Et quels que soient les fruits futurs, réels ou espérés, à laisser tomber une fois mûrs plutôt qu’à cueillir, ce qui compte c’est ce qui est là.
Pourquoi ?
Parce qu’il n’y a que cela de vrai.

[A lire également : Chut ! Ou la chute que l’on tait…]

Une petite nuance pour terminer…

Cependant, il est important je crois de ne pas se blâmer pour les attentes, les espoirs, les souhaits que l’on peut ressentir ; ils ont aussi leur droit d’exister et s’empêcher de les éprouver ne ferait que renforcer la tension qui peut exister autour d’eux.
Par ailleurs, ce sont souvent eux qui nous ont amenés / qui nous amènent à faire nos premiers pas sur le chemin de la pratique et c’est très important à respecter.

Simplement, il convient d’en avoir conscience, d’observer l’importance que l’on donne à ces intérêts, de faire de l’espace pour leur permettre de ne pas prendre plus de place que celle qu’ils ont éventuellement à avoir, puis de les laisser – justement par la pratique – peu à peu se transformer, se diluer, se sublimer jusqu’à ce que, à un moment donné, le seul intérêt qui reste soit la pratique elle-même.
Pratiquer pour pratiquer.
Sans but.
Sans intérêt.
Simplement par amour.
Et c’est tout.
La pratique se suffit à elle-même ainsi.

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Photo (écureuil) : Origine inconnue hélas

Illustration : Alphachanneling


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