Don et abandon de l’intention

Il y a quelques semaines, j’ai déroulé mon tapis sur la pelouse.
Début de pratique, installée pour quelques instants en Samasthiti, paupières déposées sur les yeux.
En les laissant se rouvrir, mon regard s’est naturellement posé sur un tapis de trèfles dans le prolongement du mien.
Une multitude de trèfles.
M’est alors venu spontanément à l’esprit souriant : « Ah ! J’aimerais bien trouver un trèfle à quatre feuilles un jour. »
Aucune tension dans ce souhait. Qu’il soit exaucé dans plus ou moins longtemps ou bien jamais, tout est bien. Je ressentais la joie dans le souhait lui-même plutôt que dans sa potentielle réalisation.
Et je l’ai laissé disparaître avec la même légèreté que celle dans laquelle il était apparu.

Ma pratique s’est déroulée dans cette même qualité de légèreté qui ne menace pour autant nullement la qualité de stabilité et de présence. Au contraire même.
Et alors que j’avais complètement oublié, abandonné à son évanescence le souhait surgi en début de séance, soudain le voilà qui s’exauça. Vinyasa, saut, chaturanga dandāsana et là : nez à nez avec lui, le trèfle à quatre feuilles invisible au moment où il avait été espéré, tout à coup je ne voyais plus que lui. Le « un jour » était donc aujourd’hui.
Sourire de l’étonnement d’avoir trouvé sans même avoir cherché.

J’ai continué ma pratique sans qu’elle ne fût troublée par le goût de petit miracle qu’avait eu cette découverte. Et pour autant, alors que j’aurais pu le perdre parmi ses semblables-moins-une-feuille, sans pour autant focaliser sur lui, il restait bien apparent. À la fois unique – comme chacun des autres d’ailleurs – mais sans pour autant se démarquer par une prétendue plus grande importance.

Il a été ainsi l’opportunité d’une méditation permettant de laisser ce si simple souhait de départ s’étendre bien au-delà de sa réalisation matérielle.
Il y est question au sens large de l’abandon de l’intention. Émettre intérieurement mais sans retenir ce qui a été formulé. Lorsque ce qui est souhaité se manifeste en quelque sorte comme un don gratuit qui ne réclame aucunement d’être satisfait, plutôt que comme une sorte de réclamation, peu importe alors qu’il se réalise ou non, la connexion à l’espace toujours heureux établi au cœur de nous-même est là, vivante et cela se suffit à soi-même.
Dès lors, dans cette qualité de lien libre au cœur de soi qui révèle la présence plutôt que l’attachement à ce qui est, tout apparaît à sa juste valeur, sans que quoi que soit ne soit surestimé par rapport au reste et sans que le reste ne soit dévalorisé par rapport à quoi que ce soit. Tout a sa place et son importance propre. Et il y a seulement à le reconnaître. C’est tout.

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Photo personnelle prise le 21 août dernier


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