L’épineuse question de la professionnalisation du yoga (aïe 😬)

Avec les confinements successifs depuis maintenant plus d’un an, nombreuses sont les salles de yoga à avoir été contraintes à fermer définitivement et nombreux.ses sont les profs à s’être retrouvé.e.s dans une plus ou moins grande précarité.
À l’heure où approche (en France) la reprise des cours « en vrai » (parce que d’après les témoignages que j’ai pu entendre ou lire ici ou là, les cours à distance ça va cinq minutes mais à un moment donné…), il me semble important de soulever l’épineuse question de la professionnalisation du yoga.

Est-ce que donner des cours de yoga est une profession ? Entendre par là : dans la mesure où cela est possible (car ça aussi c’est une question importante…), est-il juste d’avoir le yoga pour activité professionnelle et source de revenus principales ?

Très honnêtement, m’étant consacrée à donner cours pendant dix ans durant lesquels je n’ai jamais cessé de me la poser, au risque de décevoir, je suis à l’heure d’aujourd’hui toujours autant dans l’incapacité de répondre à cette question.

Néanmoins, pour l’avoir tournée et retournée dans tous les sens, je me suis dit que j’allais peut-être poser ici le fruit de mes réflexions sur le sujet. Ce dernier restant ouvert, les vôtres sont également les bienvenues en commentaires si vous le souhaitez.

Par ailleurs, je préfère préciser dès à présent qu’il n’y a dans ce qui suivra ni prétention à savoir ce qui est universellement juste ni jugement offensif contre qui ou quoi que ce soit. Je considère que chacun.e fait ce qu’il/elle peut en fonction de sa situation qu’il/elle est le/la seul.e à connaître. Néanmoins si l’on n’interroge jamais certains fonctionnements, on les condamne à rester figés et on les prive d’éventuellement évoluer.

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La professionnalisation du yoga et le ratio profs-élèves

Avant de développer, j’ajoute une autre précision : il ne s’agit pas ici de se questionner sur la motivation profonde – voire même la vocation – à devenir prof de yoga. Ça c’est un sujet, certes particulièrement intéressant, mais qui recouvre des dimensions propres à chacun.e et qui mériterait d’être développé autour d’entretiens de personnes concernées.
Ici, il sera plutôt question de la dimension économique, si l’on peut dire, de cette professionnalisation.

Force est de constater que ces cinq dernières années, le nombre de profs de yoga a augmenté de manière exponentielle. Je ne sais s’il existe des recensements qui permettent de chiffrer exactement cette augmentation mais il suffit de taper « yoga » associé au nom de n’importe quelle ville ou même village dans l’onglet de n’importe quel moteur de recherche pour se rendre compte de la situation.
Très franchement, je suis assez admirative des personnes qui décident de « se mettre au yoga » de nos jours car bon courage pour ne pas se noyer dans l’embarras du choix face auquel se retrouver !

Pour avoir commencé à pratiquer il y a dix-huit ans, je dois bien admettre qu’à l’époque la difficulté était alors au contraire de réussir à trouver un.e prof – ne serait-ce qu’un.e seul.e – à moins de vingt kilomètres de chez moi. Tandis qu’aujourd’hui quasiment pas un village (pas un quartier pour les villes) n’a pas son – voire ses – cours de yoga.
On peut bien sûr s’en féliciter, c’est une excellente chose que l’accès à la pratique soit ainsi désormais facilité.
Toutefois, il est aussi important de constater la mutation que le statut de prof de yoga a rencontré ces dernières années.

Si auparavant, il était relativement rare que les personnes donnant des cours de yoga aient cela pour activité et source de revenus principales, c’est désormais beaucoup plus courant.
Et l’on peut s’interroger sur ce sujet. Qu’est-ce qui fait que ces dernières années le yoga ait connu une telle professionnalisation (au sens où je l’ai défini plus haut, à savoir : activité et source de revenus principales) ?

Il serait bien difficile d’y répondre dans la mesure où cela reviendrait à demander qui de l’œuf ou de la poule * a engendré l’autre…
(* remplacer l’œuf et la poule par l’offre et la demande)
En effet, au-delà du désir qui peut exister ou non d’en faire son activité principale, si l’on s’en tient aux contingences matérielles – que l’on peut résumer par : pas de cours sans élèves (l’inverse étant d’ailleurs aussi vrai : pas d’élèves sans cours) – on peut dire que plus il y a de pratiquant.e.s, plus il peut s’avérer possible pour un.e prof de yoga d’en faire son activité principale.

Alors…
Est-ce parce qu’il y a eu de plus en plus de personnes désireuses de pratiquer le yoga que de plus en plus de personnes sont devenues profs de yoga ? Oui probablement étant donné que, pour la grande majorité (et heureusement), avant de devenir profs de yoga, ces dernier.e.s étaient juste pratiquant.e.s. Donc qui dit plus de pratiquant.e.s, dit plus de probabilités pour que certain.e.s d’entre eux/elles deviennent profs ensuite.
Mais si à un moment donné, ces profs sont devenu.e.s profs parce qu’ils/elles étaient pratiquant.e.s c’est qu’eux/elles-mêmes avaient un.e prof… donc… plus il y a de profs, plus il y a de personnes désireuses de pratiquer et potentiellement de devenir ensuite à leur tour profs…
C’est une boucle. Cercle vertueux ou vicieux, ça, à chacun d’en juger. 😅

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Le jeu de l’offre et de la demande auquel on ne peut échapper

On vient de l’aborder un peu : pas d’élèves sans profs, pas de profs sans élèves… c’est le fameux jeu de l’offre et de la demande.
Qui dit professionnalisation et rémunération, dit inévitablement marché, lui-même inévitablement constitué de l’interdépendance de cette offre-demande.
Eh oui.

On peut s’illusionner un temps avec toutes sortes de fantasmes autour de la spiritualité détachée de toute matérialité mais le fait est que si l’on en fait son métier, on ne peut pas y échapper.
Si l’on veut accueillir des gens pour pratiquer, il faut bien une salle, prévoir de la chauffer et de l’éclairer, parfois même de quoi l’équiper pour les personnes qui ne peuvent ou ne veulent elles-mêmes s’équiper.
Sans parler de l’entretien du/de la prof (logement, nourriture, etc.). Parce que, au risque de faire s’effondrer un autre mythe, sauf rares exceptions (et ne me demandez pas qui, j’ai promis de ne pas les dénoncer 🤫), les profs de yoga ne vivent pas dans des huttes en forêt à se nourrir des herbes qu’ils n’utilisent pas pour se vêtir.

Alors parlons peu, parlons bien mais est-il possible de vivre de ses cours de yoga ?
Eh bien oui. Mais… on ne va pas se mentir, ça n’est pas évident (celles/ceux qui savent… je ne fais pas comme si j’étais en train de vous apprendre un truc hein 😉).
Soit il faut donner beaucoup de cours (et parfois vraiment beaucoup beaucoup), soit il faut appliquer des tarifs très (très très) élevés, soit les deux : donner beaucoup de cours à tarifs très élevés. 😅
Parce que l’offre et la demande… ok, la demande augmente et pour bien des raisons (bien loin d’être seulement matérielles) c’est fabuleux mais il est important de rappeler que cette demande se concentre essentiellement sur certaines plages horaires de la semaine, particulièrement soirs et week-ends, avec de nombreuses plages restant quant à elles bien désertes (parce que non, un cours le jeudi à 15h – par exemple – ne fera pas salle comble…).

Par ailleurs, un constat non négligeable et je dois dire assez désolant à mes yeux : qui dit professionnalisation et donc marché, dit aussi… concurrence. Eh oui. Là aussi, les confettis paillettes se transforment subitement en grains de sable, voire même en gravier. Le milieu du yoga n’y échappe pas : pendant que tel.le ou tel.le élève est au cours de tel.le prof, ça signifie qu’il/elle n’est pas au cours de tel.le autre. C’est ainsi. Il y a beau y avoir beaucoup d’élèves, si le nombre de profs augmente davantage que le nombre d’élèves, à un moment donné…
À vrai dire, au risque de choquer, j’en viens parfois à me demander si on n’arrive pas progressivement à un stade où il y aura plus de profs que d’élèves… Alors oui, ce n’est pas parce qu’ils sont profs que les profs ne sont plus élèves, mais rares étant les êtres doués de bilocation, on ne peut pas à la fois donner cours et assister à un cours qui a lieu au même moment.

Autre paramètre à rapporter – et très d’actualité – autour de cette notion de concurrence (bien que ça me brûle toujours autant les doigts d’écrire ce terme associé au yoga) : le (sur)développement de cours en ligne à des tarifs avec lesquels aucune salle, même les salles du genre supermarchés de yoga – désolée (quoique non en fait, pas désolée) – ne peuvent s’aligner, sans parler des contenus gratuits.
Alors bien sûr, de nombreuses personnes préfèreront probablement pratiquer à un cours dans une salle avec la présence d’un.e prof non filtrée par un écran… mais tout de même, on ne peut pas nier l’impact de ces propositions.
Néanmoins, il y a aussi des cours en ligne à des tarifs élevés, pour ne pas dire pour certains carrément indécents. Mais finalement ces abus ont peut-être du bon dans la mesure où, de fait, ils sont plus dissuasifs….

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« Alors yogi, ça va les affaires ? » ou comment avoir le cul entre deux zafus

Comme on l’a vu précédemment, on a pu assister ces dernières années à une mutation relativement rapide du statut de prof de yoga : le nombre de profs dont c’est l’activité principale ayant fortement augmenté par rapport à ceux dont c’est l’activité secondaire, qu’elle soit rémunérée ou même bénévole (mais là encore je regrette de ne pas être en mesure d’apporter des chiffres à l’appui, faute de données à disposition).
On a ensuite pu mettre en avant la complexité qui se joue autour de cette augmentation de la professionnalisation du yoga à travers le ratio profs-élèves et le jeu d’interdépendance de l’offre et de la demande.
Enfin, ce dernier a soulevé la question de la possibilité – bien que non dénuée de difficulté, notamment de par la concurrence qui peut exister – de « vivre du yoga ».

Vient le moment alors d’aborder une question à mon sens fondamentale, qui est au cœur de mon questionnement de départ, mais je ne pouvais l’amener sans passer d’abord par ce qui a été développé plus haut : est-ce que donner des cours de yoga est une profession ? sous-entendu : est-il juste d’en faire son activité et sa source de revenus principales ?

Je vais commencer par poser la question suivante : pourquoi ai-je développé les points précédents avant d’en venir à cette question ?
Parce que derrière cette question, il y en a une autre : peut-on éviter les écueils propres à cette professionnalisation ?
Autrement dit : un.e prof qui a le yoga pour activité et source de revenus principales peut-il/elle éviter d’angoisser à l’idée de réussir ou non à rentrer dans ses frais ? Peut-il/elle éviter de donner toujours plus de cours non pas par désir profond mais juste pour pouvoir continuer à en donner ? Peut-il/elle éviter de devenir dépendant.e de ses élèves (dans la mesure où sans eux/elles, il/elle ne peut plus donner cours) ? Peut-il/elle éviter de voir les autres profs comme des concurrent.e.s potentiel.le.s ou avéré.e.s ? Etc.

Très sincèrement, je n’ai pas de réponses à ces questions.
Personnellement, je sais que le tiraillement entre d’un côté le désir profond de ne se consacrer professionnellement qu’à la pratique et au partage du yoga et de l’autre côté les difficultés (dont certaines évoquées ci-dessus mais elles ne sont pas les seules) auxquelles cela confronte est très pesant.
Et pour être tout à fait transparente, ce tiraillement a fortement contribué au fait que je décide d’interrompre mon activité – qui était mon activité principale – il y a maintenant presque deux ans. Et quelque part, lorsque j’ai vu quelques mois après mon arrêt la situation avec le covid, je me suis dit que d’une certaine façon j’avais peut-être eu de l’intuition car j’aurais été très certainement amenée à me retrouver moi aussi dans une situation ô combien difficile comme ce qu’ont vécu / ce que vivent de nombreux.ses profs de yoga ayant fait les frais de ces confinements et auxquel.le.s j’envoie tout mon soutien.

Alors je ne sais pas s’il est juste de faire du yoga son activité principale.
Je ne sais pas si c’est juste pour soi.
Je ne sais pas si c’est juste pour les élèves.
Je ne sais pas si c’est juste pour le yoga.
Et cette question continue de me tarauder car je ne sais actuellement toujours pas si je reviendrais à ce statut là.
Mais, à ce moment de cette réflexion, il me semble qu’il est probablement plus sain de ne pas dépendre financièrement du yoga, cela allège sans aucun doute de bien des choses non seulement soi-même, mais également la pratique, son enseignement et son rapport aux autres dans ce contexte (que ce soit les élèves ou les autres profs).

Quoi qu’il en soit, ce questionnement fait aussi pleinement partie de la pratique.
Il relève de la conception (évolutive) que l’on peut avoir du yoga et de la façon dont on vit les enseignements et les expériences que l’on en reçoit et que l’on en transmet.
Il relève également de la qualité de présence que l’on souhaite et que l’on est en mesure d’incarner ainsi que de l’équilibre à trouver pour soi-même et pour les autres (non seulement les élèves mais également les autres profs).
Et finalement, comme bien des questionnements, ce n’est pas tant la ou les réponses qui importent le plus que le processus vivant à l’œuvre au cœur du questionnement lui-même.
Tout reste ouvert. La réflexion, et donc l’esprit. 🙌

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– Photo : Herbert Ponting
– Dessin : David Sipress
– Gif : Scorpion Dagger
– Sculpture : Mimmo Paladino


21 réflexions sur “L’épineuse question de la professionnalisation du yoga (aïe 😬)

  1. Des réflexions sensées! moi non plus je n’ai pas de réponses! mais en faut-il? le yoga m’est « tombé » dessus comme un signe du destin. Ce n’était presque pas un choix. je fais avec la situation!
    J’aime toujours lire vos réflexions.

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  2. Merci et Bravo Marie, tout y est posé, tout est dit. Mais en effet pas de réponse univoque à cette épineuse question. Juste un petit résumé de mon expérience personnelle. Je n’ai jamais voulu être enseignante de yoga, ce chemin s’est ouvert petit à petit. J’ai eu une autre activité professionnelle avant et je dirais fort heureusement pour pouvoir assurer l’essentiel de mes besoins matériels et aussi et surtout pour avoir eu le plaisir de travailler avec une équipe chaleureuse. Prof de yoga c’est une activité solitaire qui se fait dans un univers de plus en plus concurrentiel. Mais voilà Marie, quand on a comme toi on a ce feu là du yoga qui brûle en soi, il faut transmettre en essayer de trouver le plus juste équilibre.

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  3. Rencontrer le yoga à 28 ans m’a permis d’être plus centrée , présente à moi même et peu à peu à oser être plus confiante , la pratique assidue des respirations m’a donné une force intérieure dont j’ignorais la puissance et donc je me suis donnée la permission de suivre la formation 12 ans plus tard et de trés vite proposer des cours avec enthousiasme ( c’ est cette grâce la qui est importante ) et lentement mais sûrement j’ai semé la force de la vie intérieure autour de moi et toute ma créativité latente s’ est révélée …. je continue à être pleine de gratitude pour toutes ses techniques de bien être , à bientôt 68 ans je suis plus vivantes et heureuse que jamais et je propose des balades yoga dehors pour entretenir ce feu sacré autour de moi et bien sûr qu’un salaire pour tout ce travail intérieur est juste , je laisse les personnes choisir le prix qui diminue selon leurs engagements sans mettre de limite trop courte dans le temps et restant à l’écoute des difficultés de chacun …. Grâce au yoga j’ai vu beaucoup plus claire dans ma vie et j’ai posé des choix qui me convenait mieux ( maison, travail , mari …. )une vraie révolution dont je me félicite chaque jour et je distille ma joie profonde , simplement en étant moi-même , avec mes doutes et mes questionnements . Une psychométricienne heureuse Francine Lincé .

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  4. Merci pour cette belle réflexion.
    Bien entendu, comme vous, je n’ai pas de réponse. Ou plutôt si, j’ai Ma réponse qui correspond à Ma situation et mon engagement :
    Comme pour beaucoup la découverte et la pratique du yoga a été – est toujours- une fabuleuse expérience. Je trouvais tellement dommage de garder cet outil pour moi que l’Univers s’est chargé de me le faire partager. J’ai donc décidé d’essayer d’en vivre, d’en faire mon activité principale. D’abord la concurrence, trouver une salle, puis le marketing…. Mon activité de professeur de yoga « professionnel » n’a pas décollé, et pourtant le nombre d’élèves augmentait! Simplement, moi, je ne me suis pas sentie alignée avec tout l’aspect marketing et obligation de résultat. Et puis je me suis sentie tellement seule. Seule face à une consommation du yoga, comme on irait acheter une nouvelle paire de chaussures.
    J’ai bien du regarder Ma réalité en face: je ne veux pas en faire mon activité principale. Je veux partager, interroger, accompagner sans me poser de question quant à ma survie et celle de ma famille.
    J’ai donc repris mon activité première à mi-temps (monitrice de voile, un travail en équipe 😉 et le reste de mon temps je le partage entre le yoga et ma famille. J’ai retrouvé un équilibre, un alignement.
    Et comme la vie est bien faite et que l’Univers ne laisse rien au hasard, j’ai entamé une formation en réflexologie plantaire. Ainsi, d’ici quelques mois, je pourrais m’installer comme reflexologue et donner des cours de yoga en parallèle dans un centre.
    Croyez en ce que vous faîtes et restez aligné avec vous même, la Vie se charge du reste.
    Namaste

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    1. Merci beaucoup Aline pour ce partage de votre parcours. C’est exactement cela, la question reste toujours ouverte, car nous évoluons et ce qui nous convient à un moment de notre vie ne nous convient plus forcément à un autre. D’où cette attention permanente et la souplesse pour se réajuster chaque fois que cela s’avère nécessaire. C’est pleinement de la pratique sur le terrain en fait.
      Je vous souhaite le meilleur dans la poursuite de votre cheminement, entre yoga, réflexologie et tout ce vers quoi votre cœur vous portera !

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  5. Magnifique billet qui pose des questions souvent taboues…
    Je m’apprête à terminer une formation de professeure de yoga sans avoir pour autant l’intention d’enseigner. C’était pour moi une façon d’abord de m’engager dans ma pratique, de progresser sur ces chemins sinueux sans trop savoir où j’allais. J’avoue que la fin de la formation approchant, je n’ai toujours pas développé d’appétance pour l’enseignement et je crois qu’une partie de la réponse est dans vos mots : je n’ai pas envie de dépendre de mon hypothétique audience pour vivre, devoir faire du marketing, peut-être sacrifier certains aspects importants à mes yeux pour plaire au plus grand nombre…
    Je crois aussi que ces formations de 200h sont illusoires : on ne devient pas un professeur valable en si peu de temps. Bien sûr, ces formations rassemblent des gens dont les parcours sont plus denses que ces 200h mais pas forcément et cela déverse sur le « marché » du professorat de yoga des tas d’enseignants plus ou moins valables…

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    1. Merci beaucoup pour votre partage sincère.
      En fait, en vous lisant, me vient une réflexion : je crois que la formulation « Formation de professeur de yoga » mériterait peut-être bien d’être revue pour par exemple être plutôt renommée « Enseignement d’approfondissement du yoga ». Ou bien alors qu’il y ait les deux possibilités du moins. Parce qu’au fond, toutes les personnes qui s’inscrivent à une formation de yoga ne le font pas forcément pour devenir prof de yoga mais plutôt pour approfondir leur propre pratique, ce qui est d’ailleurs tout à leur honneur.
      Pour ma part, lorsque j’ai démarré ma formation de yoga, c’était pour recevoir un enseignement de la part de pratiquant(e)s plus expérimenté(e)s que moi, c’était tout simplement pour avoir un/une prof de yoga pour aborder la pratique dans sa profondeur car alors que je pratiquais seule depuis 6 ans, je n’avais eu qu’un seul prof pour quelques cours particuliers, m’étant débrouillée seule ensuite. Je souhaitais comprendre ce que je pratiquais et découvrir de nouvelles choses. Bref, il n’était pas en projet d’enseigner ensuite, c’était pour moi. Et puis la 2ème année, nous étions autorisés à commencer à donner cours, ce que j’ai fait, d’une part pour pouvoir ancrer un peu mieux en moi l’enseignement que je recevais en le partageant à d’autres personnes (c’est aussi en apprenant aux autres que l’on apprend) et d’autre part pour en prendre en charge une partie des frais de la formation qui représentait tout de même une sacrée somme. Et puis, en fin de compte, contre toute attente, j’y ai pris goût, cela a été une évidence. Je dirais que le yoga m’a énormément apporté (et continue à énormément m’apporter) lorsque je l’ai découvert en tant que pratiquante… et il m’a énormément apporté ensuite, sur d’autres plans, lorsque j’ai commencé à donner cours.
      Alors peut-être que tout le monde ne ressent pas cette aspiration à le partager, et c’est très bien. Pour donner un ou deux exemples : tous les cinéphiles par exemple ne deviennent pas pour autant réalisateurs de cinéma, tous les gastronomes ne deviennent pas pour autant traiteurs, etc. L’essentiel je crois est de suivre ce qui nous semble juste. Il y a autant de chemins que de personnes. Et… aucun chemin n’est gravé dans le marbre surtout. Ce qui fait sens à un moment donné peut ne plus faire sens par la suite. Et inversement, là où il n’y a pas d’élan peut naître ensuite une révélation. Cette souplesse vis-à-vis de soi-même est importante je crois : s’offrir d’actualiser régulièrement notre vie à ce qui change en nous (nos besoins, nos désirs, nos prises de conscience, etc.), c’est ainsi que l’on peut vivre pleinement, au plus juste pour soi.
      Je vous souhaite en tous les cas une bonne fin de formation et qu’elle puisse en fait être, plutôt que fin, une porte ouverte à poursuivre votre exploration là où votre cœur vous appelle.

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  6. Bonjour

    Merci pour cet article courageux, mon épouse et moi avons en effet parcourus ce
     » sentier du Yoga  » à Bruxelles depuis longtemps en étant confrontés à toutes ces questions et difficultés. Nous avons donné des cours à temps plein à notre école à Bruxelles de 2004 à 2008. Ce qui signifie : Cours tous les jours : certains matins, certains midis, et tous les soirs.
    Et finalement c’était cours de yoga non-stop. Mais à l’époque, Nous avions beaucoup d’élèves. Il y avait aussi beaucoup moins de professeur de Yoga
    Dans ces conditions, Il était possible d’en vivre. Cependant ce n’était pas facile : tous les mois le loyer de notre salle devait être payé. D’autre part du fait de la fatigue occasionnée par ces cours incessants, on finissait par avoir moins d’énergie et il fallait tenir le coup pour que ce soit rentable et vivable.
    Et ainsi on s’éloignait peu à peu du Yoga, transmis avec enthousiasme, sans compter les stages de week-end, les stages d’été qu’il fallait organiser, trouver un endroit convenable, etc. Après nous avons choisis de donner cours d’une façon beaucoup plus légère, quelques cours par semaine et des stages de temps en temps. Mais évidemment en ayant d’autres activités rémunératrices.
    Actuellement je trouve que c’est une folie de se lancer pour donner des cours de Yoga à temps plein vu le nombre de cours qui se donnent partout et de la « concurrence »
    pour « attirer » les élèves.
    Je constate, malheureusement que de nombreuses de formations de Yoga sont tout à fait insuffisantes.
    A ce sujet, une connaissance de ma femme lui a raconté qu’elle avait suivie une formation de professeur de Yoga en Inde d’environ 6 semaines et quand ma femme lui a demandé ce qu’elle avait apprit au cours de philo, grand silence, philo quoi ??philosophie.
    As-tu étudié les Yogas Sutras de Patanjali ?? sutras ?? Patt Qui ?? La Bhagavad Gîta ?? Bha Quoi ? Elle n’en avait jamais entendu parler, en plus les cours de Yoga étaient formatés, toujours le même cours, etc. Nous étions horrifiés, voilà ce qu’est devenu l’Art Sacré du
    Yoga = Gymnastique Yoga.
    Toute formation devrait durer au minimum 4 ans et être suivie d’autres ateliers, stages etc complémentaires, de façon à pouvoir donner des cours de qualité qui permettent de pratiquer le Yoga sans danger. N’oublions pas que transmettre le Yoga nous rends responsable du bien être des élèves, ainsi la construction anatomique d’une asana doit être très précise et s’adapter aux difficultés de l’élève. Une fois la formation réussie, continuer à apprendre, découvrir, s’enrichir intérieurement c’est quotidien.
    Mais heureusement il y a aussi d’excellentes formations.
    Malheureusement le Covid a donné le coup de grâce à nos quelques cours, par Zoom c’est presque impossible et très loin d’un cours de Yoga en présentiel.
    Nous avons décidés de donner des stages et des cours privés uniquement .

    Bonne pratique

    Daniel Sauvenier

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    1. Bonjour Daniel,
      Un grand merci pour votre témoignage que je ne vois que maintenant, n’ayant pas reçu la notification par wordpress pour m’avertir de votre publication (heureusement que je viens d’en recevoir une pour le commentaire laissé par Michel ci-dessous sinon je ne vous aurais pas lu), d’où le délai de ma réponse pour lequel je m’excuse.
      Je vous rejoins complétement concernant les formations expéditives. Vous savez, il m’est arrivé ces dernières années de rencontrer des personnes démarrant à peine la pratique pour elles-mêmes et souhaitant déjà suivre une formation rapide pour pouvoir commencer à donner cours au plus vite. Je ne m’explique pas ce phénomène que je ne comprends tout simplement pas. Comment peut-on avoir le désir de transmettre quelque chose dont on ne connait / dont on a expérimenté encore quasi rien ? Si je peux me permettre cet exemple à peine exagéré : un.e enfant de CP qui apprend à peine à compter ne peut décemment pas devenir prof de maths en 4 ou 6 semaines…
      A vrai dire, je crois qu’il y a beaucoup d’illusions autour du statut de prof de yoga en grande partie véhiculées par les réseaux sociaux qui ne présentent la chose que sous un versant fantasmé mais à vrai dire très très loin de la réalité de la pratique qui n’a pas forcément à voir avec des vacances sous les cocotiers (entre autres).
      Derrière cela se cache une aspiration à un style de vie plus heureux mais qui reste en fait très conditionné d’une certaine façon et c’est là où, comme vous le dites, on ressent bien qu’il manque l’étude de la philosophie du yoga car sans cela la compréhension et la pratique, quoi qu’on en dise, ne peuvent rester qu’en surface.
      Mais on se heurte actuellement à tout un militantisme anti-jugement qui fait que dès que l’on soulève certaines questions, pourtant fondamentales, on se retrouve confronté à un « faut pas juger, c’est pas très yoga ; chacun.e fait ce qu’il/elle veut ; si cela te dérange, regarde en toi, le problème vient de toi, l’autre n’est qu’un miroir ; etc etc ». Et je trouve cela assez problématique car là où s’arrêtent les interrogations et les remises en question, on va souvent vers un appauvrissement de la pensée : tout est bien dans le meilleur des mondes… alors que… non justement… Et c’est aussi ça le yoga : la pratique du discernement, la quête de vérité, et cette-dernière n’est pas toujours synonyme de bien-être, parfois même loin de là. Mais la difficulté, l’inconfortable sont trop souvent évacués. Même en yoga. D’où, entre autre, ce rejet des formations longues. On pourrait ajouter aussi, de façon plus générale, le rejet de la réflexion, rejet qui vient en fait d’une mauvaise compréhension où la pensée serait à bannir pour ne plus que ressentir. Une sorte de bataille, que l’on voit trop fréquemment dans les milieux de la spiritualité, entre d’un côté le corps ou le coeur et de l’autre la tête, bataille de laquelle cette dernière devrait sortir achevée. Une pratique dans laquelle la philosophie a sa place est trop souvent taxée d’intellectuelle (ce qui est alors exprimé comme une insulte ; un comble !) ; d’où la concentration sur la pratique physique, qui n’est pas à rejeter non plus évidemment, mais qui peut perdre de sa substance sans compréhension intime et subtile.
      Il est si difficile de transmettre tout cela, une pratique qui se pratique pour elle-même et non pour les effets – rapides et visibles – qu’elle est censée engendrer… C’est pour cela je crois qu’il y a beaucoup de biais dans la façon dont est représenté le yoga : tant qu’il est montré davantage pour ce qui se voit de l’extérieur plutôt que pour ce qui se vit à l’intérieur, il ne peut attirer que des personnes davantage intéressées par le visible que par l’invisible. Et la facilité avec laquelle on peut « devenir prof », en quelque semaines, sans justifier d’une pratique personnelle, sans continuer à suivre des enseignements une fois le « diplôme » acquis, n’aide en rien. C’est avant tout un engagement de soi à soi, avant de l’être éventuellement face à des élèves, ce qui requiert une responsabilité qu’il est fondamental de ne pas négliger et qui pourtant l’est trop souvent.
      Alors effectivement, cette question de la justesse de donner cours dans un équilibre à respecter pour soi, pour les élèves et pour le yoga lui-même se pose. Et elle a à se poser régulièrement en fait. Car nous évoluons. Nos vies évoluent. La vie évolue (par exemple depuis plus d’un an avec le Covid). Ce qui amène à de perpétuels ajustements. C’est normal, c’est vivant.
      J’espère en tous les cas Daniel, que votre épouse et vous continuerez à privilégier cet équilibre, que vous puissiez continuer à pratiquer et à transmettre le Yoga dans les conditions les plus justes pour vous-mêmes et pour les personnes qui reçoivent votre enseignement.
      Le meilleur à vous,
      Marie

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  7. Bonjour Marie, merci pour votre partage et votre courage ! Je suis prof (même tradition que vous : Krishnamacharya et Desikachar) depuis 30 ans parce que j’ai ressenti le besoin de partager le trésor que j’avais « découvert ». Effectivement, j’ai vu le nombre de cours et de profs se multiplier depuis. Je suis prof à temps plein depuis près de 20 ans. J’ai choisi de ne pas donner 20h par semaine au risque de finir par avoir l’impression d’aller à l’usine à force de répéter la même chose d’heure en heure (même si on peut varier, il y a des limites). Je forme des professeurs et j’ai été le 1er en Belgique à proposer le yoga en entreprises. Pendant 2 ans j’ai « prospecté », faisant sourire la grande majorité des contacts et perdant temps et argent. Aujourd’hui j’ai donné cours dans quelques dizaines d’entre elles grandes et petites, connues et inconnues. Pas de quoi vivre décemment en tout cas. Je combine donc 6 heures de cours collectifs, des séances individuelles, les entreprises (quand on m’appelle, je ne prospecte plus depuis très longtemps, mais j’ai un site qui leur est dédié, on m’appelle … ou pas) et les formations de professeurs sur 4 ans. J’en commence une tous les deux ans, j’en ai donc deux en cours en permanence. Il y a du monde à ces formations et à mes cours. Pourtant ça reste un exercice financièrement délicat. Il y a énormément d’administration, de gestion des salles louées (on ferme pour travaux ou tout court, etc.), rémunérer les intervenants extérieurs comme une prof d’anatomie, des profs de chant védique, payer les salles, les frais divers (eh oui, j’ai besoin d’une voiture, d’un ordinateur, d’une imprimante professionnelle, d’un scanner, etc.) les lois sociales, les impôts … Je ne me sens pas vraiment en concurrence parce que je pense qu’il y a place pour chacun.e. Malheureusement, certaines personnes le voient autrement allant parfois jusqu’à dénigrer, ce qui est vraiment dans l’esprit du yoga, n’est-ce pas ! 😦 Je pense, comme un intervenant ci-dessus que les formations devraient faire obligatoirement 4 ans minimum. Pour ma part, j’ai suivi des formations pendant 20 ans et j’ai l’impression de ne pas savoir grand chose (ce n’est pas de la fausse modestie). La durée est nécessaire aussi pour intégrer la matière, car un.e prof n’est pas seulement celui ou celle qui sait mais celle ou celui qui incarne ce qui est transmis. Or, on voit beaucoup de personnes qui rouspètent par rapport à la longueur de la formation, qui se tournent vers des formations accélérées. Je pense que la personne qui veut se consacrer à l’enseignement « professionnel » (avec tout ce que vous mettez comme réserves ci-dessus quant au sens de ce mot) devrait le faire à mi-temps. Ainsi des rentrées fixes d’un emploi la ou le mettrait dans une position plus sécure. D’autre part, j’intitule mes formations ainsi : « formation à l’enseignement du yoga et/ou au développement personnel par le yoga » car tout le monde n’a pas envie (au départ du moins) de devenir enseignant. Enfin, je crois qu’il ne peut pas y avoir de vie spirituelle si la vie matérielle n’est pas assurée, qu’il faut un équilibre entre les deux. Il n’y a aucun mal à gagner de l’argent par son enseignement (tant que ça reste « raisonnable » et là, tout le monde n’a pas le même sens du mot). Pour ma part, cet équilibre n’a été atteint qu’au moment où malheureusement le covid nous est tombé dessus, donc après pas mal d’années ! Dernier constat : je n’ai pas complètement atteint mon objectif qui était d’avoir du temps à gogo pour pratiquer, lire, étudier …. Certain.e.s croient que je pratique à longueur de journée ou que j’ai un autre métier. Si je pratique quotidiennement, je passe pourtant mes journées devant un pc, à préparer mes formations, à répondre aux mails, à régler tous les problèmes d’intendance, à écrire des livres, à gérer mes sites, etc. Il y aurait encore beaucoup à dire. Notamment que je vois de plus en plus de profs qui jettent l’éponge même chez les formateurs de profs. On peut continuer à en parler en privé si vous le souhaitez. Merci encore à vous. Michel

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    1. Bonjour Michel,
      Un grand merci à vous aussi pour votre partage sincère, qui m’a permis en plus de voir celui de Daniel ci-dessus pour lequel je n’avais pas reçu de notification.
      Je n’ai pas une expérience aussi grande que vous et pourtant je me retrouve beaucoup dans ce que vous partagez… Les 3 dernières années (de 2016 à 2019) précédant mon arrêt, il m’est fréquemment arrivé d’éprouver ce sentiment d’être à l’usine que vous décrivez : donnant entre 18 et 25h de cours par semaine, 6 jours sur 7, dans ma propre salle, dans des salles municipales et en entreprise, dans un périmètre de 50km, ce qui – faisant tout moi-même de A à Z – sous-tendait, en plus des cours (la meilleure partie 🙂 ), également les déplacements, la comptabilité, la communication, le nettoyage de la salle, ainsi que l’organisation de stages avec intervenant.e.s dans ma salle. Heureusement que j’ai décliné deux propositions de devenir formatrice (refus animé par d’autres paramètres que le manque de temps mais ce n’est pas le sujet ici). Et pourtant, malgré tout cela, et même en ayant pas mal d’élèves, compte tenu les frais, mes revenus restaient très limites (pour être transparente : de l’ordre du smic français). Il arrive donc un moment où se pose la question du sens à tout cela et celle de comment tenir à ce train là sur le long terme…
      Concernant la concurrence, comme vous, je ne me sentais pas particulièrement touchée par cela, néanmoins je ressentais de plus en plus cette ambiance concurrentielle dans le milieu du yoga et j’avoue que je ressentais souvent un grand malaise face à cela. Je dois admettre avoir connu pas mal de désillusions par rapport au monde du yoga qui, force est de le constater, est loin d’être épargné par les querelles de clochers et les guerres d’egos…
      Au sujet des formations, je ne peux que vous rejoindre. J’ai d’ailleurs longuement répondu à Daniel ci-dessus à ce propos. Il est par ailleurs clair pour moi qu’un.e prof qui ne reste pas également lui-même élève (pas forcément élève d’un prof mais en tous les cas dans la posture d’étudiant.e et de pratiquant.e) ne peut arriver qu’à un moment ou à un autre aux limites de ce qu’il/elle peut transmettre. La pratique et l’étude sont un chemin qui n’a pas de fin. Le fait de recevoir un diplôme, quelle que soit la durée de la formation d’ailleurs, n’est pas un certificat attestant d’un « c’est bon, tu sais tout, tu peux arrêter ». Pour ma part, j’ai beau être incapable de compter les centaines (très probablement même milliers) d’heures de pratique, formation, étude, stages, etc. que j’ai derrière moi, je suis toujours autant convaincue d’être débutante, ce qui me vaut d’ailleurs souvent des questionnements autour de ma légitimité à transmettre. Mais, à condition que cela n’handicape pas trop, c’est aussi très sain je crois de garder l’esprit de celui/celle qui a encore tout à apprendre.
      Je suis heureuse de lire la façon dont vous nommez votre formation car effectivement, cette question de l’enseignement suite à une formation n’est pas inéluctable. Pour ma part, j’ai démarré ma formation (après 6 années de pratique personnelle) avec pour seule motivation le désir d’approfondir ma propre connaissance et ma propre pratique du yoga (qui était jusque là essentiellement autodidacte). A partir de la 2ème année de formation, étant autorisé.e.s à commencer à donner cours, je l’ai fait pour me permettre de prendre en partie en charge les frais de la formation et là, c’est en commençant à donner cours que l’évidence m’est apparue : ce désir de transmettre à mon tour la richesse de ce que je reçois.
      Mais par la suite, comme vous le dites : il y a un équilibre à trouver. Et pas seulement sur le plan financier. Sur le plan de notre vie de façon globale. Un ami a partagé cette phrase il y a quelques temps : « Le yoga c’est ce qui rend la vie plus intéressante que le yoga ». C’est très juste je trouve. Lorsque donner cours revient au sacerdoce, c’est probablement que cette question de l’équilibre est à réfléchir…
      En tous les cas, effectivement, le sujet est vaste, infini peut-être même ! Avec plaisir pour continuer à échanger !
      Quoi qu’il en soit, un grand merci déjà pour ce premier échange.
      Bien à vous,
      Marie

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  8. Bonjour Marie, je partage tout ce que vous dites à Daniel et à moi. D’autre part, la question du salaire est importante. Pour ma part, j’avais été cadre dans les assurances et en deux ans j’ai tout perdu en me « lançant dans le yoga » (les années de prospection en entreprises). Comme c’était au moment où j’avais quitté la mère de mes enfants, je n’ai pas ri tous les jours. Les DRH me faisaient venir pour voir ce qui se profilait à l’avenir et me disaient au début du siècle que j’avais 5 ans d’avance; j’en avais bien 20 ! Et j’allais jusqu’à 200 km de mon domicile. ET comme vous, je remplis mille tâches (compta, trouver des salles, gérer les locations, gérer 3 sites internet, faire la pub, l’administration, etc. ) En ce qui concerne le monde du yoga, je considère ne plus en faire partie au sens classique du terme. J’ai vu trop de jalousie, de combats d’egos, de professeurs dits de haut niveau avoir des comportements inappropriés, de méchanceté. Dans la fédération où j’étais, le seul formateur reconnu a tout fait pour empêcher ma reconnaissance. J’en suis parti et fonctionne dans mon coin. Je comprends bien votre désillusion, je crois que la mienne est au-delà de ce que vous pouvez même imaginer. Je ne peux pas donner de détails publics (je suis menacé d’un procès si je dis la vérité, un comble! ) mais il m’est arrivé de pleurer une semaine entière lors de l’éclatement d’une affaire dont vous avez certainement eu connaissance et dont je n’ai plus envie de parler. Je me sens parfois très seul. Mais il suffit d’un cours, d’un week-end de formation et la joie est là. Je me considère comme un élève à vie et me pose aussi la question de la légitimité que ne se posent pas ceux et celles qui, comme vous le dites, veulent enseigner après avoir suivi quelques mois de cours. Personne n’a a nous dire si nous sommes légitimes, aucune fédération : comme disait Lacan, « un psychanalyste ne s’autorise que de lui-même et de quelques autres ». Dernière réflexion : à quoi servent les fédérations ? Elles ne font guère connaître le yoga, organisent une ou deux journées par an et abritent les dissensions entre écoles ou egos. Bon, je file, on a des invités qui arrivent bientôt. Belle soirée, Michel

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    1. Bonjour Michel,
      Merci beaucoup pour ce complément. Je comprends bien votre déception par rapport au monde du yoga qui a entraîné votre retrait, ainsi que vos questionnements concernant le système des fédérations. Je ne suis pas certaine de savoir à quelle affaire vous faites référence mais à vrai dire je ne suis malheureusement pas vraiment surprise de ce dont vous témoignez car d’autres témoignages un petit peu du même ordre m’ont été rapportés et, par ailleurs, ce climat de manigances, de coups bas, de placements d’intérêts, etc. je le percevais déjà très fortement avant même qu’il me soit confirmé par des personnes qui en ont fait les frais ou avant que j’en fasse moi-même les frais, raison pour laquelle je suis restée très vite très indépendante, en tous les cas loin de ces cercles qui en réalité enferment, pour ne pas dire empoisonnent…
      En tous les cas, je suis et je reste convaincue que les portes que l’on referme sont aussi des portes qui s’ouvrent. Parfois, il est nécessaire de se couper de ce que l’on ne souhaite pas, de ce à quoi on ne veut pas participer, pour se rendre disponible à ce qui va dans le sens de nos valeurs et d’un alignement parole-acte (or, force est de constater que la congruence ça n’est pas tant que ça monnaie courante dans ce milieu…).
      En fin de compte, préserver son énergie pour ce qui nourrit notre coeur et nous permet de nourrir aussi celui des personnes qui sont autour de nous, et quant au reste… que les personnes concernées restent entre elles et fassent leur propre chemin… On peut le déplorer bien sûr, surtout lorsqu’il en va de la responsabilité que ces personnes peuvent avoir sur d’autres (lorsqu’il est question de manipulations, d’abus, ou autres). Mais au fond, on ne peut de toute façon pas changer les gens, ils sont les seuls à avoir ce pouvoir. Oeuvrons donc sur nous-mêmes et rayonnons de la beauté de ce que cette oeuvre révèle en nous !
      Nous n’avons pas besoin des fédérations ni pour pratiquer ni pour enseigner, nos élèves non plus n’ont pas besoin des fédérations pour pratiquer. En réalité, c’est bien davantage les fédérations qui ont besoin de nous pour « tourner »… Alors, restons libres, c’est bien là l’essentiel je crois.
      Bien à vous Michel et au plaisir d’un autre échange peut-être.
      Marie

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  9. Ah Marie, que j’ai plaisir à vous lire et j’avoue avoir peu à ajouter, tant je partage votre ressenti, vos idées. L’affaire dont je parlais – et qui n’est malheureusement pas la seule – concerne de la manipulation avec abus sexuels, des suicides, bref le haut du panier de ce qu’est le yoga ! (Pour des lecteurs tiers et non avertis, je précise que c’est de l’ironie). Quelle délivrance que celle de suivre sa route la plus intime, en accompagnant les élèves (je n’aime déjà pas trop la notion de « mes » élèves, de « ma » compagne », etc.) à grandir, à trouver leur chemin si ce n’est déjà fait. Un de mes élèves a été psychanalyste et, au préalable, a été en cure (quotidiennement !!) chez Lacan pendant des années. Lacan lui a dit un jour  » Un psychanalyste ne s’autorise que de lui-même et de quelques autres. » Et ces quelques autres ce sont les personnes qui nous font confiance, élèves et collègues qui m’envoient des personnes en formation. J’espère pour vous Marie que, si c’est votre désir le plus profond, vous puissiez un jour recommencer sous une forme qui vous conviendrait mieux à transmettre. A vous lire, je suis convaincu que vous êtes une excellente professeure. Belle semaine. Michel

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