Avec ou sans la « vitrine magique » de Facebook, qui cherche trouve

Bon.
Je vais être franche.
Ça me semble bien.
Voilà. Je n’aime pas mettre en avant sur Facebook les cours et les ateliers de yoga que je propose.
Je n’aime pas ça du tout.
Je n’ai jamais aimé ça, je n’aime pas ça et je n’aimerais très probablement jamais ça.
J’aime donner cours. Ça, incontestablement j’aime donner cours. Oh que oui !
Mais je n’aime pas avoir à jouer le jeu du « Eh oh ! Regardez ! Y’a ça qui se passe par ici ! Venez svp ! ».
Ça me soûle.
Vraiment.

J’ai ouvert cette page Facebook en 2014.
Je n’avais alors absolument rien à vendre, rien à gagner.
Je partageais juste des mots tels qu’ils me venaient. Je ne sais toujours même pas pourquoi d’ailleurs. Il n’y avait aucune ambition, aucun intérêt, aucune intention, si ce n’est juste l’envie de partager la façon dont ma pratique trouvait une interprétation en moi.
C’est tout.
Et puis il s’est trouvé que, contre toute attente, ça a intéressé certain.e.s et j’ai réalisé qu’en m’exprimant simplement ainsi ici, eh bien c’était aussi une façon de transmettre des choses à qui s’ouvre pour les recevoir. Et j’ai trouvé ça bon. Et ça m’a réjouit. Et encore aujourd’hui ça me réjouit.
Juste partager. Sans rien avoir à vendre ou à gagner. Ça c’est précieux !

Il y avait beaucoup d’innocence, je n’avais alors aucune idée – vraiment aucune – de tous les aspects « vitrine magique » que Facebook pouvait constituer pour bon nombre d’utilisateurs.trices, aucune idée des diverses stratégies de publications, de commentaires et de partages sur d’autres pages, aucune idée de plein d’autres trucs dont je n’ai très certainement encore à l’heure d’aujourd’hui aucune idée. 😅
J’ai commencé à comprendre certaines choses – sans pour autant y adhérer – seulement bien après, à force – entre autres – de recevoir de plus en plus des demandes de parfait.e.s inconnu.e.s pour des partenariats afin de promouvoir leur activité ou leur marque de ceci ou de cela en lien – et parfois même pas – avec le yoga.
Et ça m’énervait. On peut même dire que ça m’insupportait.

Je continue toujours à partager mes mots par simple et pure envie de les partager, toujours sans aucun calcul ni aucun intérêt, toujours sans rien avoir à vendre ni à gagner, parfois même avec plutôt à perdre vu les nombreux positionnements pour le moins contre-publicitaires que j’ai pu prendre dès le début et que je peux prendre encore régulièrement.
Mais depuis l’ouverture de Yoga Sésâme en août 2016 puis depuis sa réouverture en octobre dernier, le moins possible – non pas seulement pour ne pas ennuyer mais surtout aussi parce que ça m’a toujours moi-même soûlée – cette page est devenue aussi le lieu où j’annonce les cours et ateliers parce que ben… quand on a une salle… faut bien la faire tourner… et donc donner un minimum de visibilité aux activités qui y sont proposées.
Alors ok, faire une simple annonce de cours ou d’atelier, on ne peut pas vraiment comparer cela avec les publicités plus ou moins tapageuses dont Facebook est inondé.
Mais quand même. Ça me pèse.
Ça me pèse de devoir créer des événements, annoncer, rappeler, relancer.
Je n’ai pas envie de ça.
Je n’ai pas envie de jouer les commerciales.
Je ne le suis pas.
Quel sens cela aurait ?
D’autant que ça n’est pas pour autant que j’ai grâce à cela plus d’élèves et que mes cours ou ateliers sont complets. Loin de là.

Alors peut-on sortir deux secondes du grand supermarché, de l’over-choix, de l’over-booké, de l’over-tout jusqu’à l’overdose ?
Ne peut-on pas juste partir du principe que qui cherche trouve ? Point.
Ne peut-on pas juste partir du principe que qui s’intéresse va chercher les renseignements comme un.e grand.e sans se laisser passivement être trouvé.e par du prêt-à-consommer surgissant sans crier gare sur l’écran ?
Ne peut-on pas juste partir du principe que qui aime venir vient sans attendre que quelque chose de plus attrayant apparaisse ?
Ne peut-on pas juste partir du principe que qui aime vraiment venir, vraiment, vraiment en parle autour de lui / d’elle pour faire connaître et – qui sait – venir alors accompagné.e ?
À l’ancienne quoi.
Parce que – scoop ! – tout marchait aussi avant Facebook. Si si. 🙂

Il y a peu, mon amie Julie m’a parlé d’un documentaire sur Netflix qu’elle a vu au sujet des réseaux sociaux.
Bon. Moi je ne l’ai pas vu ce documentaire. Je n’ai pas Netflix. Je ne veux pas avoir Netflix. Et non je ne suis pas anti-tout. 😅 La preuve ! Je vous mets même le lien si vous voulez approfondir (non ceci n’est pas un partenariat sponsorisé 😆) : Derrière nos écrans de fumée
Donc, elle m’a parlé de ce documentaire et de là nous avons discuté de notre rapport ambigu aux réseaux sociaux. D’un côté la joie de pouvoir créer et entretenir un lien aux autres en s’y exprimant et en y échangeant ; mais d’un autre côté la contrariété relative au statut d’esclave consentant.e que l’on prend en faisant partie du « game ».
J’en étais venue à me demander : mais en fait… ne se raconte t’on pas des histoires lorsque l’on se dit que l’on en a besoin pour faire connaître notre activité ? Que c’est grâce à cela que nous avons l’opportunité de toucher plus d’élèves / de client.e.s / de patient.e.s ? Ne gaspille t’on pas notre énergie et ne faisons-nous pas gaspiller leur énergie à d’autres pour rien ou presque ?
Par exemple, parmi les personnes qui participent à mes cours, en vérité très très peu je crois sont arrivé.e.s à moi via Facebook. C’est beaucoup plus local (et tant mieux !). Essentiellement le bouche à oreille. Ou bien une recherche internet « Yoga Lille » ou « Yoga Hazebrouck » qui les a orienté.e.s vers mon site internet. Et basta.

Alors bon… Tout ceci est juste de l’ordre de la réflexion, de la réflexion personnelle qui plus est. Selon les activités, les réalités sont probablement bien différentes, notamment pour l’annonce de stages de plusieurs jours par exemple qui peuvent intéresser des personnes à l’échelle nationale je suppose.
Mais peut-être qu’il y a d’autres façons de procéder. Plus simples. Moins énergivores à tous les niveaux.
Peut-être que si certain.e.s sortent du jeu, d’autres réaliseront qu’ils/elles n’ont pas besoin d’y rester non plus…
Quoi qu’il en soit, le fruit de la réflexion n’a pas besoin d’être aussi tranché que « pour VS contre », « toujours VS jamais ». Mais il me semble qu’il n’est tout de même pas inutile de s’interroger sur ce rapport à Facebook, et de manière plus générale aux réseaux sociaux, à l’usage que l’on en fait, à ce que l’on y voit sans le décider, à ce que l’on y met en s’en sentant comme obligé, à ce que l’on y donne, à ce que l’on y prend, à l’investissement plus ou moins grand que l’on y met, aux intérêts que l’on en retire (ou pas), à l’agacement plus ou moins important que l’on y ressent, aux envies contradictoires qui s’alternent et qui parfois même se superposent de continuer ou/et d’arrêter, etc.

Dans tous les cas, Facebook ou pas, qui cherche trouve. C’était le cas avant, alors… si jamais… cela peut très bien l’être après !
Ça n’est sûrement pas cela qui doit conditionner le fait (ou pas) de pratiquer, et encore moins le fait de vivre…

***

A lire ou relire aussi : L’épineuse question de la professionnalisation du yoga (aïe)

***


Illustrations : David Shrigley


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