Et si du souffle naissait notre visage

Et si du souffle on laissait simplement naître un autre visage que le nôtre,
Que celui que l’on regarde sans jamais vraiment le voir, à travers le reflet dans le miroir, déformé par notre propre regard,
Ou que l’on ne regarde même plus, le croyant déjà vu et franchement trop connu,

Un visage dessiné par le souffle lui-même, architecte poète révélant subtilement le vivant tel qu’il est intrinsèquement,
Un dessin toujours mouvant, inachevé, qui se crée perpétuellement,
Mais pour autant – et sûrement même justement – jamais raté, brouillé ou incomplet,

Un visage qui respire, sans se réduire à se laisser définir et figer ni par quoi ni par qui que ce soit,
Et même pas et surtout pas par soi,

Un visage libre de lui-même car il se donne à voir tel qu’il est, singulier, et dans tous les pluriels de son êtreté,
Sans jamais s’ignorer, se cacher, s’oublier, s’effacer,

Un visage libre de tout car jamais capturé prisonnier de qui vient à le regarder,
Que ce soit dans le regard qui le prise ou dans celui qui le méprise,

Un visage qui nous reste toujours étranger et aimé,
Face auquel on peut sans cesse se demander « mais qui est-ce ? » et qu’est-ce qui le traverse,

Un visage qui, dans l’accueil qu’il se fait à lui-même, peut à la fois s’offrir et s’ouvrir au visage de l’autre qui le contemple et qu’il peut lui aussi contempler,
Reliés invisiblement par le même souffle qu’ils respirent et qui, concomitamment les crée.

***


Illustration : Pep Carrió


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