Le réel se suffit à lui-même – Et s’il n’y avait rien à inventer ?

Sur le tapis comme en dehors, il arrive parfois – voire même souvent – que l’on soit tellement avides de ressentir quelque chose – n’importe quoi pourvu que ce soit quelque chose – qu’on le fabrique.

On se fabrique des sensations, on se fabrique des émotions, on se fabrique des sentiments, …
On se fabrique tout bonnement des faux-semblants d’extraordinaire que l’on juge supérieurs aux vrais-étants apparemment plus ordinaires.

Juste pour pouvoir ressentir quelque chose, même quelque chose fabriqué de toute pièce, plutôt que rien.
Comme si ce rien n’était pas déjà quelque chose, broder autre chose au-dessus, remplacer ce qui semble être vide par ce qui semble être plein.
Fabriquer du « ce qui n’est pas » pour recouvrir le « ce qui est », un « ce qui est » qui nous paraît comme pas assez et qu’il faudrait alors arranger pour lui donner le droit d’exister.

On triche.
On s’invente des « ce que l’on devrait », on se compose des « ce que l’on voudrait ».
Et on les prend pour la réalité.
On simule.
On manipule le réel que l’on est pour qu’il soit tel qu’on l’attendrait.
Fuite en avant vers un autrement fantasmé qui nous projette dans un ailleurs que le présent, un ailleurs dès lors inexistant en dehors de notre pensée.

Qu’est-ce qu’on fabrique au juste ?
Le réel se suffit à lui-même. Et s’il n’y avait rien à inventer ?

Peut-on, lorsque l’on s’invente tous ces « qui n’est pas », peut-on revenir à la divine simplicité de « ce qui est » ?
Même si ce « ce qui est » semble être un néant, apprendre à reconnaître en lui l’étant, sans avoir pour cela à affabuler en l’affublant de je ne sais quel travestissement qui, au lieu de révéler son essence, ne ferait en fait que l’étouffer.

Revenir à l’êtreté. À l’être tel qu’il est, même dans sa plus grande banalité.
S’il n’y a rien, embrasser l’infinie étendue de ce rien, pas de faux décor en papier mâché à ajouter.
Observer toutes les nuances de ce rien abondamment riche de lui-même.
Vivant de par ses incessantes métamorphoses, le désert s’ennuie-t-il de lui ?

Si la pensée vient à inventer, à s’échapper, la prendre doucement par la main et la ramener gentiment là où l’on est, là où elle peut se déposer, bercée par le mouvement de la respiration ; il n’est alors plus besoin de s’agiter, juste profiter du paysage que la vie crée elle-même sans qu’il n’y ait nécessité de le façonner autrement que ce qu’il est.
Soi vaste, si vaste déjà à explorer… qu’y aurait-il à fabriquer de plus, de mieux que la présence qui à chaque instant, en nous, elle-même se crée lorsque l’on y est ?

***


Photo : Carl Warner


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