La profondeur révélée au cœur de l’insoupçonné

Il n’est pas rare que l’approfondissement soit confondu avec la complexification.
Est-ce parce que la surface visible de l’océan ou l’orée de la forêt paraissent facilement accessibles tandis que leurs profondeurs semblent pleines de mystères qui nécessiteraient une traversée éprouvante pour pouvoir les percer ?
Toujours est-il qu’il existe cette croyance fréquente que plus c’est compliqué plus c’est élevé, entretenant ainsi une sorte de légende autour de l’aspect méritocratique du cheminement au risque – quoi qu’on en dise – d’exposer tout autant sinon plus aux pièges des gratifications égotiques qu’à la libération idyllique.

Est-ce que l’approfondissement, est-ce que l’évolution à laquelle on l’associe souvent, c’est forcément synonyme de plus loin, plus fort, plus haut, plus intense, plus tout, plus que tout, au-delà de tout et au-delà de l’au-delà, avec chaque « avancée » qui rapprocherait de l’Infini, de l’Absolu, du Parfait, quand bien même Ceci est conceptualisé comme résidant au-dedans de soi ?
Pourtant qu’en est-il en fait ?

Est-ce que tous les chemins empruntés n’amènent pas au fond à la réalisation que, où que l’on aille, quoi que l’on fasse, tout ce en quoi l’on croit et tout ce que l’on met en place pour vérifier que ce en quoi l’on croit a bien sa légitimité – quitte à s’arranger pour amplifier ce qui le confirme et négliger ce qui l’infirme ; tous les chemins empruntés n’amènent-ils donc pas à réaliser que, quelles que soient les complexités auxquelles on peut bien se dédier persuadés que c’est là que l’on trouvera la vérité, tous ces chemins n’amènent-ils pas à finalement réaliser que l’Essence se révèle en fait… dans la simplicité ? 🙂

Il n’est pas rare que l’on se dise que plus le chemin est tortueux, plus le trésor au bout du chemin sera majestueux (merci les contes de fée peut-être ? 🤷‍♀️).
Et pourtant… et si la complexité n’avait d’autre enseignement à révéler que de s’en détacher ?

Tant de postures plus ou moins alambiquées, tant de techniques plus ou moins élaborées, tant de pratiques plus ou moins sophistiquées, juste pour accéder au secret de l’essentiel qui se livre dans une posture qui au fond s’apparente à une non-posture, dans l’abandon de l’action et de la volonté, dans le contentement de la présence qui se suffit à elle-même, invitant juste à se donner à ce qui se donne dans la plus grande gratuité.

Tant de débats d’idées sur ce qui est / ce qui n’est pas, sur ce que signifie / ce que ne signifie pas, sur le message caché de ceci / de cela, sur la vérité la seule la vraie qui en réalité continue à nous échapper tandis qu’on croit la posséder et sur l’ignorance de laquelle on se croit enfin tiré alors qu’on continue à y baigner, … pour en fin de compte se rendre compte qu’il n’existe au fond pas plus précieux Verbe que celui serti sur l’alliance d’or du Silence.

Que l’on ait besoin ou pas de s’éprouver au gré de plus ou moins laborieuses conceptualisations et/ou expérimentations pour la laisser se dévoiler, et si l’approfondissement se révélait dans cette simplicité, si simple qu’aucune majuscule n’est en fait nécessaire pour la désigner, comme s’il fallait la séparer du reste pour davantage l’estimer ?

Et se remettre soi aussi simple à cette simplicité nue où tout peut simplement respirer.

***


Illustration : Jérôme Berthier


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