Appel à la Prudence

Dans les milieux des spiritualités (j’utilise le pluriel volontairement car ce que l’on met derrière le terme de « spiritualité » recouvre des réalités tellement multiples…), dans les milieux des spiritualités donc, il est assez courant de rencontrer des encouragements (si ce n’est des incitations) à la foi, à la confiance – aveugle parfois – en certaines idées, en certaines personnes, qu’ils/elles se présentent comme « maître », « professeur », « guide », « guru », « thérapeute » ou autre.

Le doute étant parfois tellement stigmatisé comme un obstacle majeur à l’avancée, la vigilance, la méfiance seraient ainsi les symptômes d’un coeur « pas assez ouvert », d’une tendance au « contrôle », à être « trop dans le mental », marqueurs d’un ego trop puissant et pointés comme des affections desquelles il faudrait impérativement se libérer pour… Pour quoi tiens d’abord ? Et sinon quoi ?

Ouh la ! Attention ! On commence à se questionner. 🙂

Depuis plusieurs mois, de plus en plus de dérives dans ce monde des spiritualités sont dénoncées. Manipulations, emprises, abus de pouvoirs, abus sexuels…

C’est un sujet très délicat car il recouvre beaucoup d’éléments qui touchent à l’intime et qui de façon trop réductrice ont tendance à être jugés avec manichéisme dans un sens ou dans un autre (« c’est cette personne qui a fait croire cela qui est une ordure » versus « c’est cette personne qui a cru en cela qui est une idiote » ; « c’est cette personne qui n’aurait jamais dû faire ça » versus « c’est cette personne qui n’aurait jamais dû accepter ça » ; etcetera).

Il est bien difficile de prendre position sur ces sujets car ils sont très exposants, ils suscitent beaucoup d’émotions propres à chacune et chacun, et ils révèlent, par la manière dont on y réagit, parfois bien plus qu’on ne le voudrait sur ce que cela vient toucher en nous, sans compter les interprétations erronées qui peuvent en être faites et nous échapper.

La question fondamentale à se poser peut-être alors serait de savoir comment on en arrive à cela ? Quelles conditions permettent à ce type de situations particulièrement fragilisatrices d’advenir ?

Cela recouvre bien sûr différents champs : psychologique, sociologique, politique, …

Mais qu’importe l’ampleur que la réflexion s’avère prendre, elle mérite profondément d’être posée.

Chacune et chacun – que ce soit les personnes qui sont en quête ou les personnes qui les accompagnent et qui j’espère pour elles continuent elles aussi à être en quête car c’est à mon sens d’une importance capitale de poursuivre perpétuellement la recherche, quelle qu’elle soit, sans jamais croire et faire croire que celle-ci est définitivement atteinte et accomplie – chacune et chacun donc mérite sincèrement de se demander (et de demander aussi aux personnes auxquelles ils/elles s’adressent pour les accompagner) ce qui les anime dans leur quête, par quoi cette dernière est-elle mue, d’où puise-t-elle son origine, quelles attentes ou espérances recouvre-t-elle, de quelle manière est-elle menée, par quelles valeurs est-elle portée ?

Sans développer davantage, laissant à chacune et chacun la liberté de sonder et d’approfondir en elle-même et en lui-même tout ce que cela peut toucher, j’aimerai simplement inviter toutes et tous à la prudence.

La prudence n’est pas synonyme de méfiance et n’est pas antonyme de la confiance. Au contraire. Elle est justement le garant de la confiance. Ce grâce à quoi celle-ci peut se construire sur des bases saines sans lesquelles toute avancée reste incertaine. Au mieux on perd son temps, au pire… on perd bien davantage, tellement plus… et cela réclame le plus grand soin qu’il est nécessaire de ne pas éluder ou minimiser.

Cette notion de prudence m’est apparue comme évidente alors que je réfléchissais à toutes ces questions ce matin suite à une discussion hier avec d’autres enseignantes de yoga soucieuses elles aussi de ces sujets, je suis donc allée regarder la définition qui en est donnée et je partage ici l’extrait de la définition (trouvée ici : Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales ), et qui me semble la plus éloquente :

« Prudence : HIST. DE LA PHILOS. Première vertu cardinale, celle qui allie force d’esprit, faculté de discernement, connaissance de la vérité dans la conduite de la vie. Synon. Sagesse. »

J’invite également toutes celles et ceux qui le souhaitent à lire ou à relire ce texte que j’avais publié ici : Ne pas nuire

Les échanges restent ouverts. Ici ou ailleurs.

Dans ces milieux où la contemplation et le silence sont tant – et à juste titre – valorisés, que cela ne soit pas un argument pour accepter l’inacceptable et le laisser se perpétuer…

Puisse le discernement nous éclairer dans nos pensées, nos paroles et nos actes, de telle sorte que ceux-ci portent la plus juste congruence et témoignent de notre meilleure intégrité.

***


Une réflexion sur “Appel à la Prudence

Laisser un commentaire