
À partir de ce petit texte écrit hier soir… :
En recevant l’enseignement, l’enseigné.e enseigne aussi à l’enseignant.e.
Dans un sens comme dans l’autre, ce qui dépend de ce qui est émis dépend tout autant de la réceptivité.
Dans un sens comme dans l’autre.
Que celui ou celle, persuadé.e de ne rien avoir à apprendre (que ce soit de quelqu’un ou à quelqu’un), puisse se réveiller !
Publié : ici
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… Un développement plus général s’est fait :
Nous avons tellement tendance
d’une part à sous-estimer notre influence,
et d’autre part à sur-estimer notre importance.
Mesurer l’étendue de notre responsabilité à travers chacune de nos pensées, de nos paroles, de nos actes.
En reconnaître les conséquences potentielles ou avérées.
Rechercher la congruence dès lors.
Cependant, quoi qu’il en soit, garder vive la conscience de la relativité du poids de tout cela.
Nous sommes parfois si obsédé.e.s par ce que l’on émet – tout bas, en mots ou en gestes – que l’on en oublie qu’à côté de cela, il y a tout ce qui ne nous appartient pas.
Nous croyons être à la fois vain.e.s et plein.e.s.
À baisser les bras là où nous avons marge de manœuvre, comme si tout nous échappait, victimes que nous serions d’un déterminisme exclusif face auquel nous ne pourrions que nous résigner.
Et concomitamment, à bomber le torse dans une sorte de toute-puissance face à laquelle s’inclineraient les éléments, nous chargeant de faire tourner l’ordre du monde juste par la force de notre volonté.
Toutes nos contradictions sont essentiellement générées par cette inconstance entre ce sentiment d’être tantôt rien tantôt tout, comme si hors de cette binarité nous serions incapables de nous envisager.
Pourtant, notre influence n’a pas besoin d’être flagrante et grandiose pour valoir quelque chose, pour créer les changements, même discrets, qui comptent, même en secret, d’une façon telle que notre entendement en soit dépassé.
Et notre infime importance, quant à elle, a au moins ce pouvoir non négligeable de nous alléger du fardeau d’un héroïsme ou d’une sainteté qu’il faudrait sans cesse hisser toujours plus haut pour ne pas se sentir plus bas que tout.
Chaque fois que nous nous sentons vain.e.s,
chaque fois que nous nous sentons plein.e.s,
Se rappeler que nous ne sommes ni rien ni tout, et à la fois tout et rien.
Influent.e.s de peu d’importance.
Immense poussière dont l’existence ne peut qu’avoir le sens qu’on veut bien lui reconnaître et accorder.
Ainsi, l’énergie consacrée à s’amoindrir ou à s’enorgueillir peut être libérée pour élargir notre horizon au-delà des autoflagellations et des gratifications avec lesquelles d’une façon ou d’une autre on se gave et s’affame.
Plus l’on tend à expérimenter un excès, plus l’on tend à expérimenter tôt ou tard l’excès qui lui est opposé.
Perpétuel équilibre qui constamment ne fait que se chercher, se trouver, se perdre, se réajuster, et ainsi de suite.
Continuer à tâtonner alors.
À explorer la palette grandissante des nuances qui jusque là pouvaient être ignorées.
Faire une pause.
Respirer au présent.
Apprécier le chemin déjà parcouru là où l’on croit parfois végèter ou voire même régresser.
Tout en restant pour autant bien lucide quant au chemin qu’il reste encore à parcourir.
Croire ne pas avancer et croire être déjà arrivé.e sont, chacun à leur manière, deux puissants vecteurs d’ignorance.
Alors, reconnaître à leur juste valeur notre influence (souvent plus ample qu’on l’estime) et notre importance (souvent moindre qu’on s’en persuade).
Puis ensuite, simplement laisser ces préoccupations d’elles-mêmes se détacher.
Et si elles reviennent, respirer avec jusqu’à ce qu’elles viennent à se dissoudre dans le Souffle.
Encore. Et encore. Autant que nécessité.
Influent.e.s de peu d’importance, être tout et rien à la fois, disponibles alors à tout ce qui est au-delà de « moi ».

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Photos : Masaki Nakayama, Body Scale – « Ce qui se trouve entre l’espace réel de mon corps actif et l’espace réel de ce qui est capturé dans mes photographies n’est pas la distance mais l’écart entre des existences qui se chevauchent dans un espace à plusieurs dimensions. C’est ainsi qu’une relation mutuellement harmonieuse est née. C’est là que se situe ma perspective de travail. En d’autres termes, c’est à ce concept d’espace à multiples facettes de l’être humain que je me réfère avec mon titre Body Scale. »