À la rencontre du mieux au cœur du moins

Parlons peu, parlons franc ! (mais ça marche aussi en euros, dollars, etc.)
Il semblerait que pour justifier que tel ou tel cours / tel ou tel soin / tel ou tel stage / etc. coûte ce qu’il coûte, il y aurait comme une tendance à tomber dans la surenchère « pour que les gens aient l’impression d’en avoir pour leur argent ».

Ahhh la spirale infernale…

En donner toujours plus, au-delà de ce que les un.e.s sont en mesure de donner et de ce que les autres sont en mesure d’intégrer, au risque d’y perdre totalement le discernement de mesurer le risque du « trop » de peur du « pas assez ».

Soyons clairs : à ce jeu là, tout le monde est perdant.

Les praticien.ne.s qui s’épuisent à se former et se surformer jusqu’à même parfois se déformer pour pouvoir vite retransmettre avant même de s’être laissé.e.s le temps et l’espace à eux-mêmes d’assimiler et de digérer les connaissances et techniques accumulées pour pouvoir se donner un semblant de légitimité et de considération pour lesquelles ils espèrent être (enfin) reconnus.
Ah ça ! C’est une bête affamée qu’il est bien ingrat de nourrir sans fin…

Les pratiquant.e.s qui dès lors peuvent en venir à se dire qu’il n’y en a jamais assez, nourrissant ainsi le postulat pervers qu’ils ne sont jamais assez et donc qui leur faut en avoir, en faire, en être, en devenir toujours plus, toujours mieux, pour pouvoir évoluer, se libérer, s’améliorer, se transcender, s’élever, s’éveiller, ou même juste seulement se détendre, comble du comble n’est-il pas ?
Ah si seulement on faisait plus d’efforts pour être enfin soi-même…

Là où la tentation peut emmener à en donner / à en (ap)prendre toujours plus, ne serait-il pas intéressant au contraire de plonger tout entier dans la sensation et le sentiment de « pas assez », de vide à combler coûte que coûte, et ainsi d’aller à la rencontre du « mieux » lové au cœur du « moins » ?

Plutôt qu’ajouter perpétuellement de nouvelles méthodes – posturales, respiratoires, méditatives, énergétiques ou autres encore – de plus en plus complexes ou spectaculaires, découvrir la plénitude de ce qui se vit sincèrement, libres du besoin impérieux de s’inventer ou de se fabriquer ce que l’on serait censé.e.s expérimenter pour prétendument vivre une vie plus pleine.

En somme, pratiquer par amour, plutôt que par manque.

Par amour de soi, de l’autre qui nous partage, de l’autre à qui l’on partage, des autres avec qui l’on partage.

Par amour de la pratique elle-même qui n’est là que pour nous inviter à rencontrer et embrasser notre pleine intégrité.

Pratiquer en fait non pas tendu.e.s vers un idéal fantasmé, mais détendu.e.s dans une vitale réalité.

Et ça, ça n’a pas de prix.

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Illustration : Gino De Dominicis


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