La délicatesse du geste

Il est un temps pour se mouvoir – et s’émouvoir – avec délicatesse, dans une douceur exempte de toute brutalité.
À quoi bon donc se brusquer, ajouter de l’agitation et des tensions là où comme s’il n’y en avait jamais assez ?
Vaincre le mal par le mal ne fait-il pas déjà suffisamment de blessé.e.s pour en plus soi-même y contribuer ?

Il est un temps pour se mouvoir – et s’émouvoir – comme si l’on était une tasse ébréchée – et avouons que tou.te.s on l’est –
Avec le soin de veiller à ce que les fissures soient suffisamment aimées pour ne pas être amenées à s’abîmer plus qu’on ne l’est.
Quel intérêt cela aurait ? Quel bénéfice on en tirerait ? Le grand prix de la meilleure gueule cassée ? Et après ?

Il est un temps pour se mouvoir – et s’émouvoir – comme si l’on était une tasse pleine de sa propre plénitude – car, quand bien même les brèches et les failles, cela aussi on l’est… –
Avec le soin de veiller à ne rien en renverser – précieuse source, gracieuse ressource vive et vivante qu’il serait bien ingrat de gaspiller.
Que l’abondance soit chérie comme si elle avait le goût de la rareté, à apprécier sans avidité pour sa gratuité mais avec la félicité de l’inespéré sans cesse renouvelée.

Il est un temps pour se mouvoir – et s’émouvoir – avec délicatesse, sacrant son corps-esprit en une allégorie au don de vie qui les unit,
Les armes et les boucliers délivrés de l’illusion de la nécessité d’un combat sans cesse à mener… ça disparaît : pfuit !
Fronts déplissés, les casques s’envolent ; dents desserrées, les masques tombent,
Que reste-t-il alors ?
La tranquillité nue, force détendue de ce qui n’a plus rien – et qui n’a en réalité jamais rien eu – à prouver, à mériter, à remporter, à libérer et à sauver.

Il est un temps pour se mouvoir – et s’émouvoir – avec délicatesse, cédant le poids du tout compliqué pour les ailes de simplicité qui attendaient déguisées en inattendu qu’on les ait enfin reconnues.
Grâce du geste simultanément au-dedans et au-delà, délivré de l’ambition qui le fait se débattre pour pouvoir un jour s’élever – s’élever pourquoi ? et au-dessus de quoi ? de soi ? –
Grâce de l’être dans la beauté du geste né de l’élan émanant des racines du cœur à partir desquelles tout peut se créer en miroir sincère de notre profonde vérité.

***


Photo : Origine inconnue hélas


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